Dans un bar à chansons, une dame m'a dit mademoiselle. Je suppose que c'est parce qu'elle me voyait accorder mon instrument. Les artistes sont souvent appelées mademoiselle, même quand elles en ont depuis longtemps passé l'âge. A partir de maintenant, je vais systématiquement noter les emplois de madame et de mademoiselle. Si vous avez envie d'en faire autant, vous pouvez envoyer vos observations et je les ajouterai à la liste. Ce recensement sera un de mes objectifs mademoidame pour 2014. Au fait, meilleurs voeux, mesdemoidames et messieurs. Une liste d'exemples précis avec leur analyse devrait permettre de dégager des tendances et de mieux appréhender ce que les gens ont dans la tête quand ils choisissent une civilité plutôt qu'une autre.
Le choix de l'appellation semble évident à première vue : madame à une femme mûre, mademoiselle à une jeune femme. On voit tout au long de ce blog qu'il est tout sauf évident. Il dépend non seulement de la femme mais aussi du locuteur, du contexte et d'autres paramètres encore. Il obéit à des règles informulées, des archaïsmes et des non-dits sociaux. Pourquoi vouloir distinguer les jeunes des vieilles, les minces des grosses, les belles des moches, les nullipares des mères de famille et les célibataires des femmes mariées - et ce alors même que l'institution du mariage tombe progressivement en désuétude ? En quoi cette distinction est-elle utile socialement ? Pourquoi se maintient-elle ? Dans un autre bar où je chantais, l'ingénieur du son, trente ans maximum, nous demande à ma collègue et à moi : "Mesdames ou mesdemoiselles ?" Et nous, d'une seule voix : "Mesdemoidames !" Rires. Mademoidame est un mot qui met de bonne humeur.
dimanche 12 janvier 2014
samedi 28 décembre 2013
Déconstruction des stéréotypes
Non, le cerveau n’a pas de genre. Non, il n’est pas “programmé". La première fois que j'ai entendu Catherine Vidal, c'était comme si je respirais un grand bol d'air frais. Blogger ne prend pas en charge DailyMotion mais vous découvrirez (si vous ne la connaissez pas encore) cette neurobiologiste iconoclaste en copiant collant le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/xryaxx_catherine-vidal-neurobiologiste_webcam?start=3
Pour continuer de vous réjouir, lisez http://www.slate.fr/story/81229/femmes-hommes-sexe-partenaires-multiples-pragmatisme-evolution et après ça, passez de joyeuses fêtes.
http://www.dailymotion.com/video/xryaxx_catherine-vidal-neurobiologiste_webcam?start=3
Pour continuer de vous réjouir, lisez http://www.slate.fr/story/81229/femmes-hommes-sexe-partenaires-multiples-pragmatisme-evolution et après ça, passez de joyeuses fêtes.
vendredi 22 novembre 2013
Des questions complexes
Pourquoi dit-on madame aux prostituées et mademoiselle aux actrices ? Historiquement, les actrices étaient considérées comme des prostituées, l'Eglise leur refusait d'être enterrées avec les chrétiens. C'est la raison pour laquelle on a pris l'habitude leur dire mademoiselle, même quand elles sont mariées. La logique voudrait que l'on dise aussi mademoiselle aux prostituées. On les qualifie bien de filles. Alors pourquoi leur dit-on systématiquement madame, souvent même avec emphase ?
Le débat sur la prostitution fait rage. Une pétition de célébrités contre la pénalisation du client rappelle que cette loi enverra les personnes prostituées dans une clandestinité accrue. Un autre article montre qu'elle aggravera leur état de santé et rendra plus difficile la lutte contre la traite et l'exploitation. Mademoidame Esther Benbassa souligne dans une tribune le paradoxe qu'il y a à pénaliser le client tout en abolissant le délit de raccolage, puisqu'il '"sera permis de vendre des services sexuels mais interdit d'en acheter". Les auteurs d'un rapport sur la précarisation sociale et sanitaire des personnes prostituées donnent quant à eux l'exemple intéressant de l'Italie, où des maisons de fuite ont été créées pour permettre aux victimes des réseaux de prostitution de s'extirper des griffes de leurs proxénètes. On pourrait citer encore bien d'autres articles qui permettent de douter de l'efficacité de la politique abolitionniste que l'on veut mettre en place en France. Mais nos contemporain(e)s préfèrent les réponses simples aux questions complexes, et il se peut que la tendance abolitionniste l'emporte.
Bon, alors, qui essayera de comprendre pourquoi les comédiennes et les chanteuses sont appelées mademoiselle, alors que les prostituées reçoivent du madame ? Comme souligné tout au long de ce blog, la question des civilités réservées aux femmes relève du tabou. Si ce n'était pas le cas, elle aurait déjà été largement étudiée par les linguistes, les sociologues, les anthropologues, les historiens, etc.
Il est possible que le lancement de mademoidame en 2010-2011 ait contribué à accélérer la mise en place de la campagne pour l'abolition de mademoiselle, ce qui n'est déjà pas si mal. J'ai dit l'autre jour à une amie que j'envisageais d'arrêter ce blog faute d'y consacrer assez de temps mais elle s'est écriée : "Non ! Ne t'arrête pas ! Il faut continuer ! "
Bien Mademoidame.
Le débat sur la prostitution fait rage. Une pétition de célébrités contre la pénalisation du client rappelle que cette loi enverra les personnes prostituées dans une clandestinité accrue. Un autre article montre qu'elle aggravera leur état de santé et rendra plus difficile la lutte contre la traite et l'exploitation. Mademoidame Esther Benbassa souligne dans une tribune le paradoxe qu'il y a à pénaliser le client tout en abolissant le délit de raccolage, puisqu'il '"sera permis de vendre des services sexuels mais interdit d'en acheter". Les auteurs d'un rapport sur la précarisation sociale et sanitaire des personnes prostituées donnent quant à eux l'exemple intéressant de l'Italie, où des maisons de fuite ont été créées pour permettre aux victimes des réseaux de prostitution de s'extirper des griffes de leurs proxénètes. On pourrait citer encore bien d'autres articles qui permettent de douter de l'efficacité de la politique abolitionniste que l'on veut mettre en place en France. Mais nos contemporain(e)s préfèrent les réponses simples aux questions complexes, et il se peut que la tendance abolitionniste l'emporte.
Bon, alors, qui essayera de comprendre pourquoi les comédiennes et les chanteuses sont appelées mademoiselle, alors que les prostituées reçoivent du madame ? Comme souligné tout au long de ce blog, la question des civilités réservées aux femmes relève du tabou. Si ce n'était pas le cas, elle aurait déjà été largement étudiée par les linguistes, les sociologues, les anthropologues, les historiens, etc.
Il est possible que le lancement de mademoidame en 2010-2011 ait contribué à accélérer la mise en place de la campagne pour l'abolition de mademoiselle, ce qui n'est déjà pas si mal. J'ai dit l'autre jour à une amie que j'envisageais d'arrêter ce blog faute d'y consacrer assez de temps mais elle s'est écriée : "Non ! Ne t'arrête pas ! Il faut continuer ! "
Bien Mademoidame.
dimanche 27 octobre 2013
Tous clients, tous coupables ?
Une nouvelle campagne vise à "abolir" la prostitution. Les abolitionnistes veulent pénaliser le "client prostitueur". Il a même déjà été question d' "état prostitueur", comme si des femmes se retrouvaient sur le trottoir par décision gouvernementale. On vous explique qu'après l'abolition de l'esclavage et celle de la peine de mort est venu le temps de l'abolition de la prostitution. On voudrait bien y croire, si, si. Mais les véritables prostitueurs, les réseaux de proxénétisme, sont relativement peu mentionnés et pas du tout analysés (du moins dans ce que j'ai pu lire). Par nature volatiles, ils semblent moins intéresser les abolitionnistes que le client, sur qui la faute est rejetée. On finit par perdre de vue que la prostitution profite avant tout aux mafias, qui font en permanence un doigt d'honneur aux états.
Ce n'est pas parce qu'une chose est réprimée qu'elle n'est pas pratiquée. Malgré une politique de prohibition soutenue, la consommation de cannabis en France reste l'une des plus élevées en Europe, et on voit depuis plus de quarante ans que la pénalisation du client ne fait pas disparaître le phénomène.
Il y a dans l'appellation de "client prostitueur" quelque chose de très grave, dû en partie au mot tueur contenu dans prostitueur (mot récent). Le client est directement assimilé au proxénète. De simple consommateur de service offert dans une société toute entière vouée au commerce, il se retrouve coupable. Si la culpabilité du client devient un principe, alors nous devenons tous coupables de soutenir de nouvelles formes d'esclavage. Tous nous achetons à bas prix des ordinateurs et des vêtements fabriqués en Asie dans des conditions qui s'apparentent à l'enfer. Un ordinateur en commerce équitable coûterait trop cher pour la plupart des bourses. Donc, si le client de la prostitution doit renoncer à sa consommation pour des motifs moraux, nous devrions en toute logique, pour des motifs moraux, nous débarrasser de nos ordinateurs et de nos téléphones portables. On devrait appeller "clients esclavagistes" ceux qui continuent à acheter des tee-shirts à cinq euros. Mesdemoidames et Messieurs les abolitionnistes, commencez les premiers. Montrez par votre exemple que vous ne tolérez aucune forme d'exploitation dégradante de l'être humain. Débarrassez-vous de vos gadgets électroniques. Portez comme vos ancêtres une chemise de lin ou de coton fabriquée localement. Vous en changerez une fois par semaine, le dimanche, en même temps que vous ferez votre toilette hebdomadaire.
PS (31 octobre) : le scepticisme - quant à l'efficacité des poursuites contre le client - ne me fait pas pour autant adhérer à l'affreux "manifeste des 343 salauds" avec son "Touche pas à ma pute". Les 343 salopes prenaient de vrais risques en signant leur manifeste ; les 343 salauds n'en prennent aucun. Quand au détournement du slogan historique "Touche pas à mon pote", il est tout aussi déplacé que le manisfeste. Imposture est le mot qui me vient à l'esprit. Mais au fait, pourquoi m'intéresser à ce débat ? Peut-être parce qu'on dit invariablement madame aux prostituées ?
mardi 15 octobre 2013
Quand la bise fut venue
Une habitude sociale relativement récente consiste à faire la bise à de parfaits inconnus. Ou, plus exactement, à recevoir la bise de parfaits inconnus, au motif que l'on est une femme. Cette pratique est apparue dans les dernières décennies. Son développement coïnciderait avec l'émancipation des femmes - sans toutefois en relever. Elle mériterait en tout cas l'attention soutenue de sociologues et d'historiens des moeurs.
Les hommes entre eux se serrent la main. Ils s'embrassent quand ils sont amis ou parents, mais c'est là encore un phénomène très récent. Je n'imagine pas, par exemple, mon père faisant la bise à un autre homme. Cette idée le ferait probablement hurler. Les hommes des anciennes générations redoutaient tout ce qui aurait pu les faire passer pour efféminés et/ou homosexuels - pour eux c'était la même chose. Effusions envers leurs pairs, attention à leur apparence physique, larmes, tout cela leur était interdit. Si leurs fils et petits-fils répugnent moins aux embrassades, la poignée de main demeure la salutation virile par excellence. Quand un homme arrive dans un groupe pour la première fois, il tend la main aux autres hommes et les salue en les regardant dans les yeux. Mais il agit tout autrement envers les femmes : sans leur accorder un regard - ou alors juste une oeillade - il trouve normal de coller sa joue râpeuse contre la leur, une fois de chaque côté. Car une autre évolution sociale nous vaut en France, depuis Serge Gainsbourg, des hommes perpétuellement mal rasés. En été, la barbe de trois jours s'accompagne d'une sueur abondante. Et comme la toilette bi-quotidienne reste une pratique largement féminine, rien ne garantit que l'homme qui se permet de vous embrasser sans vous connaître sente bon...
En général, je contre l'offensive de la bise en tendant la main et en invoquant la fragilité de ma peau. C'est vrai, je ne supporte pas ce qui pique. Mon chéri a pris l'habitude de se raser le soir pour ne pas irriter mon épiderme délicat. Certains inconnus prennent mal mon refus de leur faire la bise. Tant pis. Je préfère passer pour une pimbêche plutôt que de frotter ma joue contre du papier de verre. Je ne fais d'effort que pour les amis. Et encore, je n'hésite pas à leur dire qu'ils piquent, comme je le disais à mon grand-père. Pourquoi devrait-on se soumettre à une pratique sociale désagréable et discriminante ? Pourquoi la franche poignée de main devrait-elle demeurer l'apanage de ces messieurs ? Que diraient-ils, si on leur demandait de frotter leur visage contre un paillasson ?
Les hommes entre eux se serrent la main. Ils s'embrassent quand ils sont amis ou parents, mais c'est là encore un phénomène très récent. Je n'imagine pas, par exemple, mon père faisant la bise à un autre homme. Cette idée le ferait probablement hurler. Les hommes des anciennes générations redoutaient tout ce qui aurait pu les faire passer pour efféminés et/ou homosexuels - pour eux c'était la même chose. Effusions envers leurs pairs, attention à leur apparence physique, larmes, tout cela leur était interdit. Si leurs fils et petits-fils répugnent moins aux embrassades, la poignée de main demeure la salutation virile par excellence. Quand un homme arrive dans un groupe pour la première fois, il tend la main aux autres hommes et les salue en les regardant dans les yeux. Mais il agit tout autrement envers les femmes : sans leur accorder un regard - ou alors juste une oeillade - il trouve normal de coller sa joue râpeuse contre la leur, une fois de chaque côté. Car une autre évolution sociale nous vaut en France, depuis Serge Gainsbourg, des hommes perpétuellement mal rasés. En été, la barbe de trois jours s'accompagne d'une sueur abondante. Et comme la toilette bi-quotidienne reste une pratique largement féminine, rien ne garantit que l'homme qui se permet de vous embrasser sans vous connaître sente bon...
En général, je contre l'offensive de la bise en tendant la main et en invoquant la fragilité de ma peau. C'est vrai, je ne supporte pas ce qui pique. Mon chéri a pris l'habitude de se raser le soir pour ne pas irriter mon épiderme délicat. Certains inconnus prennent mal mon refus de leur faire la bise. Tant pis. Je préfère passer pour une pimbêche plutôt que de frotter ma joue contre du papier de verre. Je ne fais d'effort que pour les amis. Et encore, je n'hésite pas à leur dire qu'ils piquent, comme je le disais à mon grand-père. Pourquoi devrait-on se soumettre à une pratique sociale désagréable et discriminante ? Pourquoi la franche poignée de main devrait-elle demeurer l'apanage de ces messieurs ? Que diraient-ils, si on leur demandait de frotter leur visage contre un paillasson ?
vendredi 27 septembre 2013
Mademoidame la chève
Dans Le Sexe des mots (Belfond, 1889), Marina Yaguello explique que le féminin de chef devrait être chève, sur le modèle de bref, brève. Il semble que la féminisation de chef se soit plutôt fixée sur cheffe. De même, remarque une blogueuse, auteur aurait gagné à se féminiser en autrice, sur le modèle d'auditeur, auditrice, au moins la différence se serait entendue.
Pendant longtemps, je n'ai vu aucun intérêt à féminiser les noms de métiers. Il me semblait que ça ne changeait rien à la situation des femmes. J'étais particulièrement exaspérée d'entendre, depuis les années 80, des gens débattre de la féminisation des noms de métiers au nom du féminisme, sans jamais évoquer la question du madame/mademoiselle. Le Sexe des mots aborde une kyrielle de mots consacrés aux femmes sans mentionner les civilités. D'accord, c'est un livre un peu ancien, mais il est écrit par une universitaire : comment a-t-elle pu oublier de remarquer le binôme madame/mademoiselle, alors même qu'elle travaillait sur le traitement linguistique dont les femmes sont l'objet ? Les civilités traditionnelles sont si profondément ancrées qu'elles échappent à la sagacité des spécialistes. Ceci dit, je suis en train de dévorer les livres de mademoidame Yaguello. J'aimais très moyennement la linguistique à la fac ; je me rattrape. Encore quelques lectures et je reviens vers vous, mesdemoidames et messieurs.
Pendant longtemps, je n'ai vu aucun intérêt à féminiser les noms de métiers. Il me semblait que ça ne changeait rien à la situation des femmes. J'étais particulièrement exaspérée d'entendre, depuis les années 80, des gens débattre de la féminisation des noms de métiers au nom du féminisme, sans jamais évoquer la question du madame/mademoiselle. Le Sexe des mots aborde une kyrielle de mots consacrés aux femmes sans mentionner les civilités. D'accord, c'est un livre un peu ancien, mais il est écrit par une universitaire : comment a-t-elle pu oublier de remarquer le binôme madame/mademoiselle, alors même qu'elle travaillait sur le traitement linguistique dont les femmes sont l'objet ? Les civilités traditionnelles sont si profondément ancrées qu'elles échappent à la sagacité des spécialistes. Ceci dit, je suis en train de dévorer les livres de mademoidame Yaguello. J'aimais très moyennement la linguistique à la fac ; je me rattrape. Encore quelques lectures et je reviens vers vous, mesdemoidames et messieurs.
jeudi 29 août 2013
Quand il faut appeler un chat une chatte
Sachant qu'il y a en France 11 millions de chats, soit cinq millions et demi de femelles, nous sommes face à un véritable problème de vocabulaire. Faut-il lancer le mot matoute, forme féminine de matou ? Matoute serait autrement plus utile que bombasse chelou, qui font partie des nouveaux mots du dictionnaire. J'imagine déjà les commentaires : " Matoute ? Mais c'est affreux ! Trop long ! Ridicule ! " Comme s'il n'était pas ridicule de ne pas appeler une chatte une chatte. Les gens n'ont aucun problème à évoquer leur chienne. Il faut des mots pour désigner la réalité qui nous entoure. Quand ces mots n'existent pas, il faut les inventer. Quand les mots existent mais ne remplissent plus leur fonction parce que leur sens a été détourné, ou quand ils désignent des catégories obsolètes comme madame et mademoiselle, il faut en trouver de nouveaux. Ne pas nommer cinq millions et demi d'animaux est une aberration. Diviser les femmes en catégories, leur dire madame ou mademoiselle est une aberration (en plus d'être toujours plus ou moins une insulte). Ne pas poser de mots adéquats sur la réalité est le plus sûr moyen de devenir cinglé.
Alors je vous le demande, Mademoidame ou Monsieur, que préférez-vous concernant les félins femelles ? Opterez-vous pour matoute, ou oserez-vous appeler une chatte une chatte ?
dimanche 18 août 2013
Pourquoi des hommes et des femmes sont-elles aussi conservatrices ?
Une action féministe sur la grammaire vise à rétablir l'accord de proximité. En français, le masculin l'emporte sur le féminin. Voici ce qu'en dit L'égalité c'est pas sorcier :
"Cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte. »
Pourtant, avant le 18e siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment."
La règle de grammaire que nous employons tous a donc été arbitrairement instaurée par un individu, il y a 337 ans. Elle ne reflète rien d'autre que l'opinion d'un curé dont plus personne ne devrait se souvenir. Comment expliquer, dès lors, la levée de boucliers dans les commentaires des internautes ? Ils ne crieraient pas plus fort si on voulait leur arracher un bras. Il faut dire que les médias leur tendent la perche : "Féminisme: elles s'attaquent à la grammaire" titre Le Parisien le 7 mars 2012. Un autre site annonce carrément : " Le féminisme contre la langue française." Quoi ? La langue française est mise à mal par pratiquement tout le monde, mais on ne tolèrerait pas une modification qui la rendrait moins sexiste ? Pourquoi la bêtise et la mauvaise foi sont-elles aussi largement partagées sur cette question ?
Tout comme avec mademoidame, on touche ici à un double tabou : celui de (l'idée qu'on se fait de) la langue, et celui des femmes. Dans la réalité, les Français parlent et écrivent comme bon leur semble, sans se préoccuper d'une grammaire compliquée qui n'est même plus enseignée. Pire encore, certains croient s'en préoccuper mais font des boulettes énormes. De l'Elysée même on écrit des lettres truffées de fautes. Je fais bien sûr allusion au communiqué de presse qui a suivi la mort de Mademoidame - j'ai failli écrire Madame - Mitterrand, sous le quinquennat précédent. L'évolution de la langue mériterait un blog à elle seule. Les Français ne maîtrisent plus le français tel qu'il a été codifié. Tenez, savez-vous pourquoi je mets une majuscule à les Français et pourquoi je n'en mets pas à le français ?
Le Grevisse est la bible en matière de grammaire française. Il a été écrit par un grammairien belge du nom de Maurice Grevisse. Chaque règle est illustrée par des exemples. Chaque règle ou presque s'accompagne aussi de contre-exemples empruntés à la littérature. La morale du Grevisse, c'est que les règles sont constamment transgressées, et que les transgressions successives conduisent à des évolutions. Transgressons donc la grammaire quand nous la trouvons sexiste. Transgressons les civilités traditionnelles et disons mademoidame à toutes les femmes quel que soit leur âge. Les critiques formulées au nom de la langue française par des gens qui la massacrent à longueur de journée ne valent rien. Transgression linguistique pour transgression linguistique, choisissez donc de faire partie des hommes et des femmes intelligentes. Adoptez la règle de proximité, et bien sûr employez mademoidame. Et que les hommes et les femmes vivent heureuses.
"Cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte. »
Pourtant, avant le 18e siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment."
La règle de grammaire que nous employons tous a donc été arbitrairement instaurée par un individu, il y a 337 ans. Elle ne reflète rien d'autre que l'opinion d'un curé dont plus personne ne devrait se souvenir. Comment expliquer, dès lors, la levée de boucliers dans les commentaires des internautes ? Ils ne crieraient pas plus fort si on voulait leur arracher un bras. Il faut dire que les médias leur tendent la perche : "Féminisme: elles s'attaquent à la grammaire" titre Le Parisien le 7 mars 2012. Un autre site annonce carrément : " Le féminisme contre la langue française." Quoi ? La langue française est mise à mal par pratiquement tout le monde, mais on ne tolèrerait pas une modification qui la rendrait moins sexiste ? Pourquoi la bêtise et la mauvaise foi sont-elles aussi largement partagées sur cette question ?
Tout comme avec mademoidame, on touche ici à un double tabou : celui de (l'idée qu'on se fait de) la langue, et celui des femmes. Dans la réalité, les Français parlent et écrivent comme bon leur semble, sans se préoccuper d'une grammaire compliquée qui n'est même plus enseignée. Pire encore, certains croient s'en préoccuper mais font des boulettes énormes. De l'Elysée même on écrit des lettres truffées de fautes. Je fais bien sûr allusion au communiqué de presse qui a suivi la mort de Mademoidame - j'ai failli écrire Madame - Mitterrand, sous le quinquennat précédent. L'évolution de la langue mériterait un blog à elle seule. Les Français ne maîtrisent plus le français tel qu'il a été codifié. Tenez, savez-vous pourquoi je mets une majuscule à les Français et pourquoi je n'en mets pas à le français ?
Le Grevisse est la bible en matière de grammaire française. Il a été écrit par un grammairien belge du nom de Maurice Grevisse. Chaque règle est illustrée par des exemples. Chaque règle ou presque s'accompagne aussi de contre-exemples empruntés à la littérature. La morale du Grevisse, c'est que les règles sont constamment transgressées, et que les transgressions successives conduisent à des évolutions. Transgressons donc la grammaire quand nous la trouvons sexiste. Transgressons les civilités traditionnelles et disons mademoidame à toutes les femmes quel que soit leur âge. Les critiques formulées au nom de la langue française par des gens qui la massacrent à longueur de journée ne valent rien. Transgression linguistique pour transgression linguistique, choisissez donc de faire partie des hommes et des femmes intelligentes. Adoptez la règle de proximité, et bien sûr employez mademoidame. Et que les hommes et les femmes vivent heureuses.
samedi 20 juillet 2013
Individualistes, ou simplement conscient(e)s ?
En lisant cet article d'Acrimed /Les entrailles de Mademoiselle, j'ai d'abord bien rigolé. Il y est question d'un article de la presse féminine selon lequel 10% des femmes se déroberaient à leur soi-disant devoir reproductif. Ce segment de population ne se confond pas avec le féminisme. Des mouvements féministes font des campagnes pour augmenter le nombre de places en crèche ; comme presque toute la société, ils tiennent un discours nataliste.
Le second article est un entretien avec un sociologue. Question de l'interviewer (Eric Deschavanne): "Le besoin d'avoir des enfants peut-il s'expliquer par la perception sociale négative que nous avons de ceux qui font le choix de ne pas en avoir ?" ( En d'autres termes : a-t-on des enfants par conformisme ? ) Réponse de Michel Maffesoli : "Plus profondément que cela, je crois que cette volonté de ne pas avoir d'enfant va progressivement disparaître. Cette tendance correspond en effet à la fin de la modernité, moment auquel l'individualisme était exacerbé, alors que nous revenons à présent à ce que j'appelle le tribalisme ou le familialisme."
Ce mot de tribalisme fait froid dans le dos. En outre, l'équation "refus d'enfant = individualisme" ne va pas de soi. On peut même la renverser, et démontrer que faire un enfant aujourd'hui est une preuve d'individualisme, pour ne pas dire d'égoïsme absolu. Pourquoi serait-il urgent de se reproduire quand les machines remplacent progressivement les humains, que les ressources naturelles sont amenées à se raréfier et qu'une compétition de plus en plus féroce attend ces chers bambins ? Et si le comble de l'individualisme consistait justement à faire des bébés parce que c'est mignon, pour laisser une trace de soi-même, en croyant que les problèmes se résoudront par magie ? On nous parle du besoin de renouveler les générations pour assurer les cotisations sociales alors même que l'emploi se dégrade et se raréfie. Qui peut croire que des armées de chômeurs régleront la question des retraites ? Personne bien sûr, on fait semblant. Une bonne guerre relancera l'économie. Chacun pense qu'il s'en sortira, que sa progéniture s'en sortira, et au diable le reste du monde ! Pour un aperçu de ce que la société des machines est en train de nous faire, regardez cette vidéo. Elle est très longue et de plus en plus ahurissante à mesure qu'on s'achemine vers la fin. Bonne journée quand même. Carpe diem, quoi.
Le second article est un entretien avec un sociologue. Question de l'interviewer (Eric Deschavanne): "Le besoin d'avoir des enfants peut-il s'expliquer par la perception sociale négative que nous avons de ceux qui font le choix de ne pas en avoir ?" ( En d'autres termes : a-t-on des enfants par conformisme ? ) Réponse de Michel Maffesoli : "Plus profondément que cela, je crois que cette volonté de ne pas avoir d'enfant va progressivement disparaître. Cette tendance correspond en effet à la fin de la modernité, moment auquel l'individualisme était exacerbé, alors que nous revenons à présent à ce que j'appelle le tribalisme ou le familialisme."
Ce mot de tribalisme fait froid dans le dos. En outre, l'équation "refus d'enfant = individualisme" ne va pas de soi. On peut même la renverser, et démontrer que faire un enfant aujourd'hui est une preuve d'individualisme, pour ne pas dire d'égoïsme absolu. Pourquoi serait-il urgent de se reproduire quand les machines remplacent progressivement les humains, que les ressources naturelles sont amenées à se raréfier et qu'une compétition de plus en plus féroce attend ces chers bambins ? Et si le comble de l'individualisme consistait justement à faire des bébés parce que c'est mignon, pour laisser une trace de soi-même, en croyant que les problèmes se résoudront par magie ? On nous parle du besoin de renouveler les générations pour assurer les cotisations sociales alors même que l'emploi se dégrade et se raréfie. Qui peut croire que des armées de chômeurs régleront la question des retraites ? Personne bien sûr, on fait semblant. Une bonne guerre relancera l'économie. Chacun pense qu'il s'en sortira, que sa progéniture s'en sortira, et au diable le reste du monde ! Pour un aperçu de ce que la société des machines est en train de nous faire, regardez cette vidéo. Elle est très longue et de plus en plus ahurissante à mesure qu'on s'achemine vers la fin. Bonne journée quand même. Carpe diem, quoi.
mardi 9 juillet 2013
Bienvenue à Mademoidame
Bienvenue à la demoidame récemment rencontrée qui s'intéresse à mademoidame, elle se reconnaîtra. Elle a commencé à employer mademoidame et à en parler autour d'elle. Elle n'en revient pas des résistances de certaines personnes.
"C'est trop long" et "C'est moche" sont les objections classiquement rencontrées. L'argument de la longueur se veut rationnel mais la réalité est que mademoidame a onze lettres alors que mademoiselle en a douze : mademoidame est en fait plus court que mademoiselle, que personne n'a jamais songé à trouver trop long.
L'argument soi-disant esthétique (le "c'est moche") est lui aussi complètement irrationnel. D'abord, mademoidame est un très joli mot : frais comme un dessin d'enfant, insolent comme toute affirmation de liberté, il a la force poétique du mot-valise et la beauté insolite qui échappe à toute classification. Il faut porter mademoidame comme un bijou de créateur, fièrement, et ignorer les commentaires de gens sans goût. J'injecte mademoidame à petites doses répétées dans ma vie de tous les jours. Aujourd'hui, à la piscine, j'ai interpelé des gamines de douze treize ans qui glapissaient et se bousculaient dans les vestiaires : "Eh, mesdemoidames, un peu de calme ! " J'avais l'impression d'être leur prof.
"C'est trop long" et "C'est moche" sont les objections classiquement rencontrées. L'argument de la longueur se veut rationnel mais la réalité est que mademoidame a onze lettres alors que mademoiselle en a douze : mademoidame est en fait plus court que mademoiselle, que personne n'a jamais songé à trouver trop long.
L'argument soi-disant esthétique (le "c'est moche") est lui aussi complètement irrationnel. D'abord, mademoidame est un très joli mot : frais comme un dessin d'enfant, insolent comme toute affirmation de liberté, il a la force poétique du mot-valise et la beauté insolite qui échappe à toute classification. Il faut porter mademoidame comme un bijou de créateur, fièrement, et ignorer les commentaires de gens sans goût. J'injecte mademoidame à petites doses répétées dans ma vie de tous les jours. Aujourd'hui, à la piscine, j'ai interpelé des gamines de douze treize ans qui glapissaient et se bousculaient dans les vestiaires : "Eh, mesdemoidames, un peu de calme ! " J'avais l'impression d'être leur prof.
jeudi 6 juin 2013
Mademoidame dans le dictionnaire
Plan cul est paraît-il entré dans l'édition 2014 du Robert. Impossible de savoir à ce stade s'il est accompagné de plan galère et de bon plan son antonyme, mais ça multiplie les ambitions pour l'avenir. Extrait de l'édition (année illisible) du dictionnaire :
MADEMOIDAME [ madmwadam ] n.f. ( XXIème siècle; de mademoiselle et madame; plur. MESDEMOIDAMES [ medmwadam ]. abbrev. Mde, Mdes). - Titre donné à toute femme, jeune ou âgée, mariée ou non. Mademoidame une Telle. Mademoidame la directrice. Mesdemoidames et Messieurs.
Votez pour mademoidame en envoyant un mail dans lequel vous aurez copié/collé la définition ci-dessus à : m6actu@m6.fr.
MADEMOIDAME [ madmwadam ] n.f. ( XXIème siècle; de mademoiselle et madame; plur. MESDEMOIDAMES [ medmwadam ]. abbrev. Mde, Mdes). - Titre donné à toute femme, jeune ou âgée, mariée ou non. Mademoidame une Telle. Mademoidame la directrice. Mesdemoidames et Messieurs.
Votez pour mademoidame en envoyant un mail dans lequel vous aurez copié/collé la définition ci-dessus à : m6actu@m6.fr.
dimanche 2 juin 2013
Cachez ce sein que certaines ne sauraient voir
Ces derniers jours, pendant que des militantes d’OLF manifestaient contre un défilé de lingerie en forme de strip tease dans un grand magasin parisien, des Femen se dénudaient en Tunisie pour protester contre l’emprisonnement d’Amina. Deux féminismes s’affrontent ici : celui qui veut dissimuler le corps féminin, et celui qui l’exhibe à titre de protestation. D’un côté la censure, de l’autre la provocation.
Les demoidames d’OLF ont obtenu sans difficulté l’annulation du défilé de lingerie. Personne n’a eu l’air de se préoccuper de savoir ce qu’en pensaient les mannequins. Tu es belle alors tais-toi ! On ne te demande pas ton avis ! Et tant pis si tu comptais gagner un peu d’argent grâce à ce défilé. D’autres en ont décidé autrement. Tiens, tu n’as qu’à devenir caissière, ou stagiaire, enfin n’importe quel job sous-payé, tu verras comme ta dignité sera respectée ! Tout, plutôt que d'utiliser ta jolie silhouette.
Ce féminisme puritain, remarquablement bien organisé, a des contacts et de l’argent. Il accapare si bien les médias qu’il passe pour être LE féminisme. Si les Femen ne s’étaient pas déshabillées, jamais elles n’auraient obtenu la moindre attention. Elles l’ont bien expliqué : au début, elles manifestaient habillées, et leurs actions n’avaient aucun retentissement.
La radicalité des Femen ne fait pas pour autant d’elles les représentantes du féminisme radical.
Le féminisme radical, ce serait plutôt Andrea Dworkin, dont un des livres a paru en français récemment. Je vous prie de m’excuser, Mesdemoidames et Messieurs, d’évoquer un auteur que je n’ai pas lu directement. Mes sources sont Antisexisme et Hypathie.
Le féminisme radical postule que les femmes constituent une classe sociale à part entière. Il met en avant la guerre des sexes et se distingue du féminisme réformiste, accusé de composer avec la société patriarcale. Dworkin annoncerait l’élimination programmée de presque toutes les femmes, c’est-à-dire la volonté masculine de commettre un véritable génocide ou, plus exactement, un “ gynocide ”. Celui-ci serait rendu possible par les techniques futures de reproduction, lesquelles rendraient les femmes inutiles ou presque. Cette vision binaire, délirante et paranoïaque n’est exposée que dans l’article d’Antisexisme.
En toute logique, il aurait fallu commander le livre et le lire en détail avant de pouvoir en dire quoi que ce soit. Mais pourquoi consacrer du temps à de telles inepties ? La guerre des sexes n’est pas mon combat. Et Mademoidame, est-ce que c'est un combat ?
Les demoidames d’OLF ont obtenu sans difficulté l’annulation du défilé de lingerie. Personne n’a eu l’air de se préoccuper de savoir ce qu’en pensaient les mannequins. Tu es belle alors tais-toi ! On ne te demande pas ton avis ! Et tant pis si tu comptais gagner un peu d’argent grâce à ce défilé. D’autres en ont décidé autrement. Tiens, tu n’as qu’à devenir caissière, ou stagiaire, enfin n’importe quel job sous-payé, tu verras comme ta dignité sera respectée ! Tout, plutôt que d'utiliser ta jolie silhouette.
Ce féminisme puritain, remarquablement bien organisé, a des contacts et de l’argent. Il accapare si bien les médias qu’il passe pour être LE féminisme. Si les Femen ne s’étaient pas déshabillées, jamais elles n’auraient obtenu la moindre attention. Elles l’ont bien expliqué : au début, elles manifestaient habillées, et leurs actions n’avaient aucun retentissement.
La radicalité des Femen ne fait pas pour autant d’elles les représentantes du féminisme radical.
Le féminisme radical, ce serait plutôt Andrea Dworkin, dont un des livres a paru en français récemment. Je vous prie de m’excuser, Mesdemoidames et Messieurs, d’évoquer un auteur que je n’ai pas lu directement. Mes sources sont Antisexisme et Hypathie.
Le féminisme radical postule que les femmes constituent une classe sociale à part entière. Il met en avant la guerre des sexes et se distingue du féminisme réformiste, accusé de composer avec la société patriarcale. Dworkin annoncerait l’élimination programmée de presque toutes les femmes, c’est-à-dire la volonté masculine de commettre un véritable génocide ou, plus exactement, un “ gynocide ”. Celui-ci serait rendu possible par les techniques futures de reproduction, lesquelles rendraient les femmes inutiles ou presque. Cette vision binaire, délirante et paranoïaque n’est exposée que dans l’article d’Antisexisme.
En toute logique, il aurait fallu commander le livre et le lire en détail avant de pouvoir en dire quoi que ce soit. Mais pourquoi consacrer du temps à de telles inepties ? La guerre des sexes n’est pas mon combat. Et Mademoidame, est-ce que c'est un combat ?
vendredi 26 avril 2013
Mais c'est quoi au juste, le féminisme ?
Voici un lien vers une interview de Delphine Beauvois dans Rage Magazine. http://ragemag.fr/delphine-beauvois-le-feminisme-est-indissociable-de-la-lutte-des-classes Gros titre : "Le féminisme est indissociable de la lutte des classes". Juste au-dessus du titre, dans un vidéoclip intitulé We Might Be Dead By Tomorrow, deux femmes nues en train de s'embrasser dans le bleu turquoise d'une piscine. Ce message subliminal dit que le féminisme est en fait indissociable de l'homosexualité - ce qui est complètement faux bien sûr. C'est juste une manière de manipuler l'internaute. Il s'agit de faire du féminisme un phénomène minoritaire dans lequel la majorité des femmes ne puisse pas se reconnaître. Quant à la lutte des classes prétendument associée au féminisme, elle est démentie par le fait que des féministes de droite comme de gauche s'accordent sur nombre de sujets. Le féminisme n'est pas une orientation sexuelle, même si des féministes sont lesbiennes, et ce n'est pas non plus une lutte de classes (les femmes ne constituent pas une classe sociale) même si les féministes médiatisées sont souvent (avant tout) des politiciennes.
Il ne faut pas avoir honte du mot féminisme dès lors que l'on aspire à l'égalité entre les sexes. Toute personne révoltée par le fait que des femmes puissent ne pas avoir les mêmes droits que les hommes est féministe. Les féministes officielles n'ont pas le monopole du féminisme, pas plus que les mouvements nationalistes n'ont le monopole du patriotisme. Vous trouvez injuste que les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes ? Alors vous êtes féministe. Que vous soyez une femme ou un homme. A moins d'être masochiste, toute femme devrait se dire féministe. Tout homme aussi. Pourquoi ? Parce qu'il y gagne, si, si ! Historiquement, le féminisme a libéré les hommes autant que les femmes. L'avènement de la contraception a transformé la vie des femmes et des hommes. Votre grand-père était obligé de pratiquer le coïtus interruptus, sinon vous auriez six oncles et tantes supplémentaires. Vous voyez bien, Monsieur, que le féminisme est une bonne chose pour vous aussi.
Il ne faut pas avoir honte du mot féminisme dès lors que l'on aspire à l'égalité entre les sexes. Toute personne révoltée par le fait que des femmes puissent ne pas avoir les mêmes droits que les hommes est féministe. Les féministes officielles n'ont pas le monopole du féminisme, pas plus que les mouvements nationalistes n'ont le monopole du patriotisme. Vous trouvez injuste que les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes ? Alors vous êtes féministe. Que vous soyez une femme ou un homme. A moins d'être masochiste, toute femme devrait se dire féministe. Tout homme aussi. Pourquoi ? Parce qu'il y gagne, si, si ! Historiquement, le féminisme a libéré les hommes autant que les femmes. L'avènement de la contraception a transformé la vie des femmes et des hommes. Votre grand-père était obligé de pratiquer le coïtus interruptus, sinon vous auriez six oncles et tantes supplémentaires. Vous voyez bien, Monsieur, que le féminisme est une bonne chose pour vous aussi.
dimanche 14 avril 2013
Seins dessus dessous
Je viens encore de lire une critique virulente des Femen. On leur reproche, entre autres choses, d'être trop bien roulées. Leur plastique avantageuse serait une insulte à la majorité des femmes. Cette accusation ferait rire si elle n'était pas si largement relayée. La semi-nudité des Femen devrait être un non-événement ; c'est une révolution. A croire qu'on n'avait jamais vu la moindre paire de nénés avant ! "Nous voyons souvent des hommes torse nu à la plage, cela ne choque personne, ...." remarque de son côté Amina, 19 ans, qui a tenté d'introduire le mouvement Femen en Tunisie. Qu'a-t-elle commis, Amina, pour recevoir des menaces de mort et se retrouver séquestrée par sa famille? Les mamelons pudiquement dissimulés derrières des carrés, elle s'est exposée sur Facebook avec, écrit sur le torse : "Mon corps m'appartient et il n'est l'honneur de personne". De ce corps qui lui appartient bel et bien, elle ne dévoilait rien de plus que ce qu'elle aurait montré à la piscine. Il est de toute manière impossible de montrer sa poitrine sur Facebook. La censure sur le réseau social s'étend aux femmes qui allaitent. Cachez ce sein que je ne saurais voir ! Les Tartufe se frottent les mains.
Les seins font encore parler d'eux, cette fois suite à une pseudo étude consacrée au soutien-gorge. L'auteure de l'article rappelle qu'en 1968, les femmes envoyèrent valser le soutien-gorge en signe de libération. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que le soutien-gorge fut longtemps interdit dans les prisons françaises. C'était une façon d'humilier les détenues, peut-être aussi de les empêcher de se pendre. Elles se retrouvaient en position d'infériorité face à des gardiennes dûment soutenues. Le soutien-gorge peut donc être, aussi, l'attribut de la liberté. C'est toute l'ambivalence des symboles.
Et enfin, une étude montre que les hommes pauvres seraient attirés par les gros seins, qui seraient une promesse de bien manger... http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/03/28/le-plantureux-mystere-du-sein-permanent_3149806_1650684.html
Les seins font encore parler d'eux, cette fois suite à une pseudo étude consacrée au soutien-gorge. L'auteure de l'article rappelle qu'en 1968, les femmes envoyèrent valser le soutien-gorge en signe de libération. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que le soutien-gorge fut longtemps interdit dans les prisons françaises. C'était une façon d'humilier les détenues, peut-être aussi de les empêcher de se pendre. Elles se retrouvaient en position d'infériorité face à des gardiennes dûment soutenues. Le soutien-gorge peut donc être, aussi, l'attribut de la liberté. C'est toute l'ambivalence des symboles.
Et enfin, une étude montre que les hommes pauvres seraient attirés par les gros seins, qui seraient une promesse de bien manger... http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/03/28/le-plantureux-mystere-du-sein-permanent_3149806_1650684.html
mardi 2 avril 2013
Taille réelle
Les Suédois ont créé l'événement en lançant des mannequins "taille réelle". Les vêtements présentés dans les vitrines passent de la taille 36 à la taille 42. Tout l'internet s'en est félicité, au motif que cela représente mieux la majorité des femmes et que le diktat de la minceur extrême encourage des jeunes filles à devenir anorexiques. Certes. Mais le surpoids est en augmentation dans la population. Avec les problèmes qu'il entraîne, c'est un enjeu de santé publique au moins aussi inquiétant et bien plus répandu que l'anorexie. Faudra-t-il de nouveau déplacer le curseur de la norme dans vingt ans,
à la taille 44 ?
Les femmes rondes étaient à la mode du temps où manger plus que nécessaire était un privilège de riche. Le glissement des valeurs auquel nous sommes en train d'assister annonce-t-il un bon en arrière où seuls les nantis auront les moyens de s'empiffrer ? Ou témoigne-t-il simplement de la victoire d'une industrie agro-alimentaire cynique et toute-puissante ? Pendant qu'on se révolte contre la norme de la minceur, pense-t-on à s'insurger contre les chaînes de fast-food qui nous empoisonnent et nous font grossir (en nous montrant de belles femmes minces se gavant de produits sucrés ) ? Une femme est-elle plus libre et plus heureuse en laissant s'accumuler des kilos superflus qui lui donnent diabète et cholestérol, réduisent sa mobilité, bref, la cantonnent une fois de plus à la maison ?
A lire aussi : http://www.acrimed.org/article3913.html
Les femmes rondes étaient à la mode du temps où manger plus que nécessaire était un privilège de riche. Le glissement des valeurs auquel nous sommes en train d'assister annonce-t-il un bon en arrière où seuls les nantis auront les moyens de s'empiffrer ? Ou témoigne-t-il simplement de la victoire d'une industrie agro-alimentaire cynique et toute-puissante ? Pendant qu'on se révolte contre la norme de la minceur, pense-t-on à s'insurger contre les chaînes de fast-food qui nous empoisonnent et nous font grossir (en nous montrant de belles femmes minces se gavant de produits sucrés ) ? Une femme est-elle plus libre et plus heureuse en laissant s'accumuler des kilos superflus qui lui donnent diabète et cholestérol, réduisent sa mobilité, bref, la cantonnent une fois de plus à la maison ?
A lire aussi : http://www.acrimed.org/article3913.html
vendredi 8 mars 2013
L'âge de Mademoidame
Ce blog est né il y a exactement deux ans, mais j'ai publié le tout premier article "mademoidame" il y a trois ans sur http://sojfer.blogspot.com. Deux ans, c'est déjà ancien pour un blog. Une évolution s'impose, mais laquelle ? Vais-je céder aux sirènes des marketeurs qui me disent qu'un blog ne vaut rien s'il ne rapporte pas d'argent ? Mais je répugne, Mesdemoidames, à vous vendre comme du bétail à des annonceurs ! A vous faire cracher vos adresses électroniques pour mieux vous posséder ! A jouer le jeu des affiliations pour - disent-ils - me faire des fouilles en or ! Le blogging est peut-être un business mais je me plais à considérer mademoidame comme une oeuvre d'utilité publique. Je sais bien que 70% des visiteurs d'un blog ne reviennent jamais si on ne leur arrache pas leur adresse pour les relancer. Et alors ? Une fois suffit pour savoir que mademoidame existe. Et puis je n'écris pas pour la majorité des gens. Je n'écris pas pour les suivistes. J'écris pour les précurseurs, quel peut bien être le féminin de précurseur ? Précurseuse ? Voilà un mot presque aussi beau et intéressant que mademoidame. Donc, vous êtes un précurseur, une précurseuse. Bravo. Bienvenue. Vous êtes assez grand(e) pour vous abonner au flux RSS de ce blog si ce que vous lisez vous intéresse, ou pour le marquer dans vos favoris, ou pour envoyer un lien à des ami(e)s via Twitter, Facebook ou que sais-je encore, cela ne me regarde pas. Je ne vous demande pas non plus votre âge. Si vous êtes une femme, je ne vous dis pas madame ou mademoiselle selon que je vous trouve quelconque ou jolie. Pourquoi vous accablerais-je d'un jugement sur votre physique et votre âge supposé ? Je vous dis donc mademoidame. C'est plus poli. Plus élégant.
samedi 23 février 2013
Des demoidames qui en ont
Il faut une sacrée dose de courage pour se dénuder en cette saison. Et les Femen ne risquent pas seulement d'attraper une pneumonie. Certaines personnes émettent des doutes sur l'efficacité politique de leur démarche de provocation. Ce qui me plaît, chez les Femen, c'est que ce sont des artistes autant que des activistes. Leurs interventions topless s'apparentent à des happenings. Leur démarche est dangereuse, avant-gardiste et, quoi qu'on en dise, terriblement efficace.
A leur sextremism, Lydia Guirous oppose dans le Huffington Post une condamnation sans appel. Elle leur reproche de mettre à mal et le féminisme, et le pacte républicain. "La laïcité" écrit Mademoidame Guirous, "n'est pas un anticléricalisme forcené, pas plus qu'elle n'invite à l'athéisme ou à l'agnosticisme." Mademoidame Guirous s'inspire visiblement de George W. Bush. Elle ne semble pas plus férue d'histoire que lui. Elle ratisse en tout cas très à droite. Lui arrive-t-il de réfléchir au sens des mots ? Ouvrons pour elle le dictionnaire :
"Agnosticisme : doctrine d'après laquelle tout ce qui est au delà du donné expérimental (tout ce qui est métaphysique) est inconnaissable." L'agnosticisme, dans un pacte républicain, c'est le bon sens minimum. Une république qui ne prône pas l'agnosticisme et ne repousse pas les croyances dans la sphère du privé ouvre la porte aux créationnistes et aux ayatollahs. Et que peut bien être un féminisme qui s'accommode de la religion, premier instrument de l'oppression des femmes ? En souvenir de ma grand-mère charcutière, appelons ça de l'eau de boudin.
A leur sextremism, Lydia Guirous oppose dans le Huffington Post une condamnation sans appel. Elle leur reproche de mettre à mal et le féminisme, et le pacte républicain. "La laïcité" écrit Mademoidame Guirous, "n'est pas un anticléricalisme forcené, pas plus qu'elle n'invite à l'athéisme ou à l'agnosticisme." Mademoidame Guirous s'inspire visiblement de George W. Bush. Elle ne semble pas plus férue d'histoire que lui. Elle ratisse en tout cas très à droite. Lui arrive-t-il de réfléchir au sens des mots ? Ouvrons pour elle le dictionnaire :
"Agnosticisme : doctrine d'après laquelle tout ce qui est au delà du donné expérimental (tout ce qui est métaphysique) est inconnaissable." L'agnosticisme, dans un pacte républicain, c'est le bon sens minimum. Une république qui ne prône pas l'agnosticisme et ne repousse pas les croyances dans la sphère du privé ouvre la porte aux créationnistes et aux ayatollahs. Et que peut bien être un féminisme qui s'accommode de la religion, premier instrument de l'oppression des femmes ? En souvenir de ma grand-mère charcutière, appelons ça de l'eau de boudin.
jeudi 14 février 2013
Sexe, vaisselle et rock'n roll
Avez-vous vu passer le 30 janvier un article intitulé "Faire la vaisselle nuit à l'activité sexuelle" ? http://next.liberation.fr/sexe/2013/01/30/faire-la-vaisselle-nuit-a-l-activite-sexuelle_877924 D'après un questionnaire auquel ont répondu 7002 personnes, les couples dans lesquels l'homme participe aux tâches ménagères feraient moins l'amour que les autres. J'ai demandé à mon chéri s'il pensait qu'on ferait plus l'amour s'il ne faisait pas la vaisselle, et on a rigolé. Mais combien de gens prennent ce genre d'étude au sérieux ? Combien de milliers d'études a-t-on déjà faites sur des sujets similaires ? Si on pouvait additionner tout l'argent investi dans ce type de "recherche" depuis quarante ans, on arriverait à des sommes invraisemblables.
M'intéresse ici le commentaire d'un des chercheurs : «Il existe une sorte de scénario sexuel bien défini par le genre, dans lequel se conduire selon ce genre est important pour la création du désir sexuel (...)" En clair : la différence sexuelle nous excite. C'est probablement vrai puisque des couples homos la reproduisent. Ce serait la preuve aussi que tout se passe largement dans la tête. Le symbolique, quoi. La psychanalyse et l'ethnologie nous avaient déjà mis sur la piste. Nous sommes mus par nos représentations. Nous voudrions croire dur comme fer qu'elles sont inscrites dans la nature parce que des institutions dépensent des milliards et des millards de dollars pour essayer de le prouver. C'est que c'est un enjeu politique, au sens premier du terme : organisation de la société. Bonne occasion de reparler du numéro de Sciences et avenir consacré au neurosexisme : http://odilesolomon.typepad.fr/files/sciencesaveni-dossier_fév2012.pdf .
Illustration trouvée sur Facebook, source inconnue mais la faute d'orthographe indiquerait plutôt une origine récente.
M'intéresse ici le commentaire d'un des chercheurs : «Il existe une sorte de scénario sexuel bien défini par le genre, dans lequel se conduire selon ce genre est important pour la création du désir sexuel (...)" En clair : la différence sexuelle nous excite. C'est probablement vrai puisque des couples homos la reproduisent. Ce serait la preuve aussi que tout se passe largement dans la tête. Le symbolique, quoi. La psychanalyse et l'ethnologie nous avaient déjà mis sur la piste. Nous sommes mus par nos représentations. Nous voudrions croire dur comme fer qu'elles sont inscrites dans la nature parce que des institutions dépensent des milliards et des millards de dollars pour essayer de le prouver. C'est que c'est un enjeu politique, au sens premier du terme : organisation de la société. Bonne occasion de reparler du numéro de Sciences et avenir consacré au neurosexisme : http://odilesolomon.typepad.fr/files/sciencesaveni-dossier_fév2012.pdf .
Illustration trouvée sur Facebook, source inconnue mais la faute d'orthographe indiquerait plutôt une origine récente.
samedi 26 janvier 2013
Demoidame Nature
Quand vous entendez le mot nature, quelle image vous vient immédiatement à l'esprit ? Moi, je vois les frondaisons d'une forêt. Or la forêt telle que nous la connaissons en Europe a été totalement refaite au fil du temps. Elle devait être bien différente il y a 40 000 ans, tant par son étendue que par sa flore et sa faune. Les humains sont passés par là. Peut-être aussi une glaciation. Mais ce sont les humains qui ont défriché, replanté, tracé les allées le long desquelles nous nous promenons. Ce que je me représente lorsque j'entends le mot nature relève très largement de la culture.
La science elle-même, qui se présente comme une mesure objective du monde, est loin d'être aussi neutre qu'elle le prétend. Ce n'est pas pour rien qu'une branche de la philosophie s'appelle l'épistémologie. Avec quelle énergie on a voulu faire dire aux hormones que les hommes venaient de Mars et les femmes de Vénus ! A celles et ceux qui croiraient encore à ces fables, je recommande la lecture du dossier paru dans Science et avenir : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/fondamental/20120126.OBS9885/neurosexisme-la-guerre-est-declaree.html. Les implications de ces batailles ne sont évidemment pas anodines. Ce que l'on essaye de faire dire à la nature détermine in fine une organisation sociale. A toujours ramener les femmes à leur fonction reproductive, on perpétue les inégalités de genre. Or, pas plus qu'un homme une femme n'est faite pour avoir des enfants. Elle porte en elle cette possibilité, tout comme un homme ; libre à elle d'en user, ou pas. Rien ne l'y oblige au vingt-et-unième siècle, si ce n'est une faramineuse pression sociale dont il a déjà été question sur ce blog. On nous a tellement bassiné(e)s avec la prétendue horloge biologique qu'on a fini par la visualiser comme une pendule à la gare Saint-Lazare. C'est juste une métaphore, une vue de l'esprit et, surtout, un argument marketing : les enfants font consommer. La quête d'un homme avec qui faire un enfant est elle aussi un levier de consommation. Une population abondante représente avant tout un marché. Et peu importe que le travail soit de plus en plus fait par des machines à la place des humains voués au chômage ou que les ressources sur terre s'amenuisent à mesure que croît la population, priorité à la croissance, après nous le déluge ! Faites des petits soldats qui s'entretueront et d'autres qui reconstruiront, faites des petites bonnes femmes qui feront de petits soldats qui s'entretueront et qui reconstruiront, ça fait tourner le monde et l'économie ! Puisqu'on vous dit que la nature l'exige !
La science elle-même, qui se présente comme une mesure objective du monde, est loin d'être aussi neutre qu'elle le prétend. Ce n'est pas pour rien qu'une branche de la philosophie s'appelle l'épistémologie. Avec quelle énergie on a voulu faire dire aux hormones que les hommes venaient de Mars et les femmes de Vénus ! A celles et ceux qui croiraient encore à ces fables, je recommande la lecture du dossier paru dans Science et avenir : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/fondamental/20120126.OBS9885/neurosexisme-la-guerre-est-declaree.html. Les implications de ces batailles ne sont évidemment pas anodines. Ce que l'on essaye de faire dire à la nature détermine in fine une organisation sociale. A toujours ramener les femmes à leur fonction reproductive, on perpétue les inégalités de genre. Or, pas plus qu'un homme une femme n'est faite pour avoir des enfants. Elle porte en elle cette possibilité, tout comme un homme ; libre à elle d'en user, ou pas. Rien ne l'y oblige au vingt-et-unième siècle, si ce n'est une faramineuse pression sociale dont il a déjà été question sur ce blog. On nous a tellement bassiné(e)s avec la prétendue horloge biologique qu'on a fini par la visualiser comme une pendule à la gare Saint-Lazare. C'est juste une métaphore, une vue de l'esprit et, surtout, un argument marketing : les enfants font consommer. La quête d'un homme avec qui faire un enfant est elle aussi un levier de consommation. Une population abondante représente avant tout un marché. Et peu importe que le travail soit de plus en plus fait par des machines à la place des humains voués au chômage ou que les ressources sur terre s'amenuisent à mesure que croît la population, priorité à la croissance, après nous le déluge ! Faites des petits soldats qui s'entretueront et d'autres qui reconstruiront, faites des petites bonnes femmes qui feront de petits soldats qui s'entretueront et qui reconstruiront, ça fait tourner le monde et l'économie ! Puisqu'on vous dit que la nature l'exige !
samedi 5 janvier 2013
Mademoidame en beauté
Il paraît que quelqu'un a qualifié
mademoidame d'horrible. Ça faisait longtemps. Et puis quelle exagération. Le mot horrible se réfère à l’horreur ; je me demande bien, après ça, quels termes cette personne utilise pour qualifier le viol et le meurtre de l'étudiante de New Delhi.
Ainsi le mot mademoidame serait moche. L'argument esthétique semble imparable à première vue mais il ne veut rien dire, sinon un rejet de principe. Qu’est-ce que la beauté, la laideur ? L’histoire et la sociologie n’ont-elles pas montré que les critères du beau sont avant tout ceux de la classe dominante ? Dans notre monde de démagogie numérique, le beau est aussi devenu le marketté, le cliqué, le laïké, le retweeté, bref le médiatisé, le vulgarisé, pour ne pas dire le vulgaire. Est perçu comme beau ou bien ce qui a été vu à la télé, ce qui a été approuvé par d’autres, ce qui est lancé à grands renforts de campagnes de communication et de buzz. Personne n’a jamais pensé à trouver horrible le nom de marque Asus, pourtant c’est un mot particulièrement laid en français. Ben si, c’est comparable. Et je ne vois vraiment pas en quoi des gens de marketing seraient plus légitimes que moi pour propager un terme.
Dès mars 2011, j'ai invité les gens à suggérer des alternatives à mademoidame s’ils en trouvaient, et personne n'a jamais envoyé la moindre proposition. Attention, il faut que le mot soit immédiatement compréhensible. Les esprits chagrins auront beau dire, on comprend mademoidame d'un seul coup, à l'oral comme à l'écrit. Mademoidame est un mot que j’emploie tous les jours, et jamais personne ne m’a jamais regardée de travers. Le sens de mademoidame est limpide, évident : ce mot fonctionne.
Certaines personnes ont essayé de rationaliser leur réticence en déclarant mademoidame “ trop long ”. Or, mademoidame a une lettre de moins que mademoiselle et le même nombre de syllabes exactement. Quelqu'un aurait même reproché à mademoidame de ne pas avoir de “ fondement étymologique ”. A ce compte-là, on ne pourrait plus inventer aucun mot ; il faudrait avec vigueur rejeter nutricament, formé de deux mots existants, exactement comme mademoidame, or personne à ma connaissance ne s’est insurgé contre nutricament.
Ces critiques sont complètement irrationnelles. Elles visent à ce que surtout rien ne change. On peut se demander pourquoi. Puisqu’il est question d’esthétique, est-ce que c’est beau, de faire savoir à une femme qu’on la trouve laide et vieille ou jeune et jolie selon qu’on lui dit madame ou mademoiselle ? Au nom de quoi voudrait-on faire perdurer cette pratique insultante ?
Il me reste à vous souhaiter, Mesdemoidames et Messieurs, de belles choses pour l'année qui commence.
Ainsi le mot mademoidame serait moche. L'argument esthétique semble imparable à première vue mais il ne veut rien dire, sinon un rejet de principe. Qu’est-ce que la beauté, la laideur ? L’histoire et la sociologie n’ont-elles pas montré que les critères du beau sont avant tout ceux de la classe dominante ? Dans notre monde de démagogie numérique, le beau est aussi devenu le marketté, le cliqué, le laïké, le retweeté, bref le médiatisé, le vulgarisé, pour ne pas dire le vulgaire. Est perçu comme beau ou bien ce qui a été vu à la télé, ce qui a été approuvé par d’autres, ce qui est lancé à grands renforts de campagnes de communication et de buzz. Personne n’a jamais pensé à trouver horrible le nom de marque Asus, pourtant c’est un mot particulièrement laid en français. Ben si, c’est comparable. Et je ne vois vraiment pas en quoi des gens de marketing seraient plus légitimes que moi pour propager un terme.
Dès mars 2011, j'ai invité les gens à suggérer des alternatives à mademoidame s’ils en trouvaient, et personne n'a jamais envoyé la moindre proposition. Attention, il faut que le mot soit immédiatement compréhensible. Les esprits chagrins auront beau dire, on comprend mademoidame d'un seul coup, à l'oral comme à l'écrit. Mademoidame est un mot que j’emploie tous les jours, et jamais personne ne m’a jamais regardée de travers. Le sens de mademoidame est limpide, évident : ce mot fonctionne.
Certaines personnes ont essayé de rationaliser leur réticence en déclarant mademoidame “ trop long ”. Or, mademoidame a une lettre de moins que mademoiselle et le même nombre de syllabes exactement. Quelqu'un aurait même reproché à mademoidame de ne pas avoir de “ fondement étymologique ”. A ce compte-là, on ne pourrait plus inventer aucun mot ; il faudrait avec vigueur rejeter nutricament, formé de deux mots existants, exactement comme mademoidame, or personne à ma connaissance ne s’est insurgé contre nutricament.
Ces critiques sont complètement irrationnelles. Elles visent à ce que surtout rien ne change. On peut se demander pourquoi. Puisqu’il est question d’esthétique, est-ce que c’est beau, de faire savoir à une femme qu’on la trouve laide et vieille ou jeune et jolie selon qu’on lui dit madame ou mademoiselle ? Au nom de quoi voudrait-on faire perdurer cette pratique insultante ?
Il me reste à vous souhaiter, Mesdemoidames et Messieurs, de belles choses pour l'année qui commence.
samedi 15 décembre 2012
Des sujets anecdotiques
Dès que l'on parle de mademoidame (ou du tout-madame des féministes orthodoxes ), certaines personnes s'empressent de qualifier le sujet d'anecdotique. D'après ces personnes, l'emploi de madame ou de mademoiselle dans la vie courante et administrative n'aurait aucune incidence sur la vie des femmes ; il serait vain de s'y intéresser, et encore plus vain de vouloir changer les pratiques ; ces questions détourneraient l'attention de sujets plus graves.
Il est vrai qu'il se passe des choses infiniment dramatiques de par le monde et même en bas de chez moi. Mais, à ce compte-là, il ne faudrait plus jamais parler de Carla Bruni ni d'aucun footballeur. Nous sommes dans une civilisation de l'anecdote. On ne cesse de nous échauffer l'esprit sur des questions marginales pour nous faire oublier que de graves décisions sont en train de se prendre sans notre consentement. Le mariage pour tous est un de ces sujets à mes yeux. Je n'ai rien contre les homosexuel(le)s : qu'ils et elles se marient si ça leur chante bien que je comprenne mal ce désir de conformité. Si, si, je sais, ils et elles veulent se marier pour avoir des enfants. Mais je n'en parlerais pas si je ne venais pas de lire sur lemonde.fr un article signé par Yvette Roudy, Thalia Breton et plusieurs autres personnalités. On vous y explique que le mariage pour tous doit - au nom de l'égalité, s'il vous plaît - mener à la procréation médicalement assistée mais surtout pas à la gestation pour autrui. En d'autre termes, seules les lesbiennes auraient le droit d'avoir des enfants ; les hommes gay, eux, seraient exclus de ce droit au nom de l'égalité. On en rirait si ce n'était que ridicule. Mais c'est aussi, derrière une facade progressiste, carrément rétrograde puisqu'il il s'agit d'une exaltation du mariage et de la maternité. Ce combat prétendument féministe rappelle un peu celui des jeunes filles qui se battent pour porter le voile au nom de la liberté... Ce n'est pas en exaltant le mariage et la maternité qu'on va faire évoluer la condition des femmes. Ce combat touche une minorité de personnes ; il est infiniment plus anecdotique que la question madame/mademoiselle, qui concerne absolument toutes les femmes.
Il est vrai qu'il se passe des choses infiniment dramatiques de par le monde et même en bas de chez moi. Mais, à ce compte-là, il ne faudrait plus jamais parler de Carla Bruni ni d'aucun footballeur. Nous sommes dans une civilisation de l'anecdote. On ne cesse de nous échauffer l'esprit sur des questions marginales pour nous faire oublier que de graves décisions sont en train de se prendre sans notre consentement. Le mariage pour tous est un de ces sujets à mes yeux. Je n'ai rien contre les homosexuel(le)s : qu'ils et elles se marient si ça leur chante bien que je comprenne mal ce désir de conformité. Si, si, je sais, ils et elles veulent se marier pour avoir des enfants. Mais je n'en parlerais pas si je ne venais pas de lire sur lemonde.fr un article signé par Yvette Roudy, Thalia Breton et plusieurs autres personnalités. On vous y explique que le mariage pour tous doit - au nom de l'égalité, s'il vous plaît - mener à la procréation médicalement assistée mais surtout pas à la gestation pour autrui. En d'autre termes, seules les lesbiennes auraient le droit d'avoir des enfants ; les hommes gay, eux, seraient exclus de ce droit au nom de l'égalité. On en rirait si ce n'était que ridicule. Mais c'est aussi, derrière une facade progressiste, carrément rétrograde puisqu'il il s'agit d'une exaltation du mariage et de la maternité. Ce combat prétendument féministe rappelle un peu celui des jeunes filles qui se battent pour porter le voile au nom de la liberté... Ce n'est pas en exaltant le mariage et la maternité qu'on va faire évoluer la condition des femmes. Ce combat touche une minorité de personnes ; il est infiniment plus anecdotique que la question madame/mademoiselle, qui concerne absolument toutes les femmes.
mercredi 5 décembre 2012
Spectacle
Il se donne à Paris un spectacle d'une heure quinze au cours duquel le présentateur dit au moins quarante fois : " Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ". Vous vous représentez un vieux bonhomme postillonnant ? Ce présentateur n'a pas trente ans. Il se croit super cool. Il introduit la seule fille du spectacle en évoquant son charme. Pour les autres, il parle de talent. La fille se donne le genre un peu dinde, comme pour répondre à ce qu'on attend d'elle. Entre deux numéros, le présentateur fait un tour de magie. Il fait monter sur scène un spectateur dont il se moque ouvertement. Tout le monde rigole, y compris l'intéressé. Même traitement pour les spectatrices bien entendu, après quoi on enchaîne : "Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! Voici maintenant..." Affligeant. Je ne parle pas seulement de la médiocrité du spectacle, mais de ce "Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs" répété comme un mantra, et aussi de cette façon de ridiculiser les spectateurs. Le public, 27 ans d'âge moyen, trouve que tout est normal.
Personnellement, quand il m'arrive de présenter un spectacle, je dis " Mesdemoidames et Messieurs". Et vous ?
Personnellement, quand il m'arrive de présenter un spectacle, je dis " Mesdemoidames et Messieurs". Et vous ?
dimanche 25 novembre 2012
Des violences faites aux femmes
Pour vraiment abolir la prostitution, il faudrait abolir tout marché, jusqu'à la possibilité de faire du troc. Or, le capitalisme a triomphé. Tout s'achète et tout se vend : les semences végétales, les organes humains, la gestation pour autrui, pourquoi pas un service sexuel ? Il se trouve des prostitué(e)s pour vouloir exercer leur activité librement : au nom de quelle morale les en empêcherait-on ? Les abolitionnistes rétorquent qu'il y a peu de prostituées indépendantes et qu'il faut abolir la prostitution pour sauver les femmes enrôlées de force. En ce cas, le débat devrait porter moins sur la prostitution que sur les organisations criminelles. Mais ce serait pour l'Etat une manière d'avouer son impuissance face aux mafias. Mieux vaut s'en prendre aux clients, plus faciles à épingler. La prostitution disparaîtra peut-être des rues de Paris mais elle refleurira dans les salons de massage, sur Internet et/ou à quelques milliers de kilomètres, la distance n'est plus un problème. Et on ne voit pas comment la prostitution, même un instant éradiquée de notre territoire, ne réapparaîtrait pas en un clin d'oeil puisqu'on est en pleine récession. A supposer qu'une politique prohibitionniste puisse être la solution, le moment est mal choisi.
Bien que le mouvement abotionniste soit porté par les féministes, la prostitution ne concerne pas uniquement les femmes et toutes ne sont pas contraintes de se prostituer par un réseau de proxénétisme. Il existe des prostitués hommes ; il y a des prostituées femmes indépendantes qui revendiquent le droit d'exercer leur activité de manière indépendante ; c'est peut-être avant tout un problème de gangstérisme, d' "entreprises" illégales et/ou de contrôle de l'immigration. Les prohibitionnistes, aussi bien intentionnés soient-ils, rappellent un peu la médecine allopathique qui traite les symptômes faute de savoir s'attaquer aux causes. Quant aux personnes qui en viennent à se prostituer, elles seront condamnées à une clandestinité accrue, donc à plus de dangers. Au fait, quelle reconversion proposera-t-on aux futur(e)s ex-prostitué(e)s ? Mademoidame Valaud-Belkacem aurait-elle oublié de penser à ce détail ?
mardi 13 novembre 2012
Mademoidame ou mad-maman ?
L'une des grandes conquêtes du vingtième siècle a été de dissocier la sexualité de la reproduction. Ce progrès, curieusement, semble avoir des limites. S'il est admis qu'une femme a le droit d'avoir des relations sexuelles sans encourir de grossesse, il est tout aussi communément entendu qu'elle doit avoir au moins un enfant au cours de sa vie. Comme si la maternité demeurait l'alpha et l'oméga de la féminité. Il faut que j'évoque ici les multiples pressions que j'ai subies entre trente et quarante ans - y compris de la part de médecins à qui je ne demandais rien - pour me persuader d'avoir un enfant. J'avais beau expliquer que je n'en éprouvais pas le désir, tous ces gens s'efforçaient de me convaincre du contraire. Et les jugements de pleuvoir comme des grêlons : je n'étais pas normale, j'étais égoïste, j'allais rater ma vie, je m'en mordrais les doigts... Mon petit ami de l'époque rêvait d'avoir une petite fille à mon image ; il avait mis une photo de moi bébé sur sa table de nuit. Quand les gens qui me faisaient la morale apprenaient cela, ils devenaient comme fous.
Certains allaient jusqu'à me demander si j'avais des envies de cruauté envers les enfants - comme si l'absence de désir de maternité impliquait une haine féroce et active des enfants. En voulant juste choisir ma vie, je déchaînais l'hystérie...
Bien qu'Elisabeth Badinter ait montré, dans L'Amour en plus, que le supposé "instinct maternel" est une construction historique et que les enfants n'ont pas toujours fait l'objet d'un culte béat, les mentalités ont du mal à suivre. Nos contemporains s'accrochent désespérément à l'équation femme = mère. Si encore on se contentait d'un seul enfant par femme. Il ne devrait plus échapper à personne, en cette fin 2012, que les ressources de la terre sont limitées, qu'un milliard d'êtres humains crève déjà de faim, et que le monde tourne de plus en plus au moyen de machines. Plus de machines = moins d'emplois, donc une concurrence accrue entre les êtres et les peuples, le tout dans un environnement écologique déjà fortement dégradé. Nous avons le choix entre une décroissance démographique globale d'une part, et la guerre et le fascisme d'autre part. Rappelez-vous vos cours d'histoire, l'exaltation de la maternité sous le nazisme, sous Vichy, dans l'Italie de Mussolini. Vous y êtes ? Rien n'est plus politique, Mesdemoidames et Messieurs, que le statut des femmes.
Pour finir avec le sourire, voici un exposé nudiste de Théophile de Giraud sur les dangers de la surpopulation : http://vimeo.com/35596500
Bien qu'Elisabeth Badinter ait montré, dans L'Amour en plus, que le supposé "instinct maternel" est une construction historique et que les enfants n'ont pas toujours fait l'objet d'un culte béat, les mentalités ont du mal à suivre. Nos contemporains s'accrochent désespérément à l'équation femme = mère. Si encore on se contentait d'un seul enfant par femme. Il ne devrait plus échapper à personne, en cette fin 2012, que les ressources de la terre sont limitées, qu'un milliard d'êtres humains crève déjà de faim, et que le monde tourne de plus en plus au moyen de machines. Plus de machines = moins d'emplois, donc une concurrence accrue entre les êtres et les peuples, le tout dans un environnement écologique déjà fortement dégradé. Nous avons le choix entre une décroissance démographique globale d'une part, et la guerre et le fascisme d'autre part. Rappelez-vous vos cours d'histoire, l'exaltation de la maternité sous le nazisme, sous Vichy, dans l'Italie de Mussolini. Vous y êtes ? Rien n'est plus politique, Mesdemoidames et Messieurs, que le statut des femmes.
Pour finir avec le sourire, voici un exposé nudiste de Théophile de Giraud sur les dangers de la surpopulation : http://vimeo.com/35596500
vendredi 19 octobre 2012
Mademoidame ou Mademoidame
" Bonjour Mademoidame ou Mademoiselle ?", me demande une femme qui croit bien faire. Sa question me jette dans un abîme de perplexité. Aurais-je mal expliqué mon affaire ? Peut-on passer trente secondes sur ce blog sans comprendre que mademoidame remplace madame ET mademoiselle ? Si vraiment vous êtes hostile à l'innovation et à une réelle égalité entre les sexes, il vaut toujours mieux employer madame que mademoiselle. C'est la recommandation des manuels de savoir-vivre. Mais le madame universel est un pis aller. L'idéal est de dire mademoidame. Quant à la sempiternelle question, "Madame ou Mademoiselle?", elle est tout simplement déplacée. Ma vie intime ne vous regarde pas. Vous devriez comprendre, Mademoidame, que la vôtre ne regarde personne non plus et que vous avez le droit, que dis-je, le devoir d'exister indépendamment de votre mari ou de vos enfants. C'est la raison pour laquelle je vous appelle Mademoidame.
Non, je ne lui dis pas exactement ça. En fait elle n'est même pas venue sur ce blog avant de me contacter. Elle voudrait juste me faire rencontrer son patron pour que je parle de leur boîte.
Non, je ne lui dis pas exactement ça. En fait elle n'est même pas venue sur ce blog avant de me contacter. Elle voudrait juste me faire rencontrer son patron pour que je parle de leur boîte.
jeudi 27 septembre 2012
La courbe de Rogers
Quiconque a travaillé dans l'informatique connaît la courbe de Rogers. Elle décrit le processus de diffusion d’une innovation technologique. Une nouveauté est d’abord adoptée par une petite minorité, les early adopters, avant de se répandre progressivement dans la société. Tout le défi consiste à passer d’une diffusion confidentielle à une diffusion de masse. Cette diffusion a peu à voir avec la qualité du produit ou du concept concerné ; tout est question de marketing. La courbe de Rogers est une façon polie de dire que les gens sont en majorité des moutons.
Appliquée à mademoidame, la courbe de Rogers montre 1., que je ne suis pas faite pour le marketing et, 2. que les mademoidames militantes sont des avant-gardistes et qu’elles en ont dans l’estomac. Je n’oublie pas non plus les quelques messieurs visionnaires qui nous ont envoyé leurs encouragements. Ni même les simples curieux qui passent voir, juste voir, mais ne demanderaient qu'à manifester leur soutien si je ne répugnais pas tant à le leur demander... J'ai quand même un peu réussi à mobiliser le monde pour le concours Marie-Claire et, rappelez-vous, mademoidame a gagné.
Appliquée à mademoidame, la courbe de Rogers montre 1., que je ne suis pas faite pour le marketing et, 2. que les mademoidames militantes sont des avant-gardistes et qu’elles en ont dans l’estomac. Je n’oublie pas non plus les quelques messieurs visionnaires qui nous ont envoyé leurs encouragements. Ni même les simples curieux qui passent voir, juste voir, mais ne demanderaient qu'à manifester leur soutien si je ne répugnais pas tant à le leur demander... J'ai quand même un peu réussi à mobiliser le monde pour le concours Marie-Claire et, rappelez-vous, mademoidame a gagné.
mercredi 19 septembre 2012
Cachez ce féminisme que je ne saurais voir
Je comprends mal l'antiféminisme primaire qui s'exprime quotidiennement dans la société française, y compris par la bouche d'un bon nombre de femmes. Les gens semblent avoir oublié que la liberté personnelle dont ils jouissent est le résultat des luttes féministes du siècle dernier. Vous aussi, Monsieur, devez votre liberté aux féministes : il y a cinquante ans, vous auriez engrossé votre première petite amie et vous auriez été obligé de l'épouser - si vous aviez un minimum de conscience, bien sûr. Les hommes comme les femmes ont profité des évolutions de la société. Oui, me répond-on, mais ces problématiques sont dépassées - ah bon ? - les hommes et les femmes sont complémentaires - sans blague ?!
Je m'empresse de préciser que je n'appartiens à aucune organisation et que je ne me reconnais pas dans le féminisme officiel. Par exemple, je ne suis pas d'accord avec le projet de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution ; je pense qu'il aura pour effet de rendre la vie des personnes prostituées encore plus dangereuse et que Morgane Merteuil a raison de dire que les féministes veulent penser à sa place.
http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1352-on-est-des-putes-et-vous-etes-quoi.html
Voir aussi : http://next.liberation.fr/sexe/2012/09/04/le-feminisme-prosexe-proporno-proputes-de-morgane-merteuil_843615
Ne pas être d'accord avec le féminisme gouvernemental n'empêche pas d'être féministe. Il suffit, pour être féministe, de questionner un peu le monde au lieu de le prendre pour argent comptant. Il y a des hommes féministes comme il y a des femmes antiféministes. Rien n'est simple, et surtout pas cette histoire de madame/mademoiselle. J'attends toujours qu'un(e) universitaire s'empare de cette question. Il faut être patient. Si je ne blogue pas plus souvent, ce n'est pas parce que je laisse tomber mademoidame, au contraire. C'est plutôt que l'histoire ne fait que commencer.
Alors pour ceux qui débarquent, ici on dit mademoidame à toute personne de sexe féminin, quel que soit son âge.
Mesdemoidames et Messieurs, bien le bonsoir.
Je m'empresse de préciser que je n'appartiens à aucune organisation et que je ne me reconnais pas dans le féminisme officiel. Par exemple, je ne suis pas d'accord avec le projet de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution ; je pense qu'il aura pour effet de rendre la vie des personnes prostituées encore plus dangereuse et que Morgane Merteuil a raison de dire que les féministes veulent penser à sa place.
http://www.minorites.org/index.php/2-la-revue/1352-on-est-des-putes-et-vous-etes-quoi.html
Voir aussi : http://next.liberation.fr/sexe/2012/09/04/le-feminisme-prosexe-proporno-proputes-de-morgane-merteuil_843615
Ne pas être d'accord avec le féminisme gouvernemental n'empêche pas d'être féministe. Il suffit, pour être féministe, de questionner un peu le monde au lieu de le prendre pour argent comptant. Il y a des hommes féministes comme il y a des femmes antiféministes. Rien n'est simple, et surtout pas cette histoire de madame/mademoiselle. J'attends toujours qu'un(e) universitaire s'empare de cette question. Il faut être patient. Si je ne blogue pas plus souvent, ce n'est pas parce que je laisse tomber mademoidame, au contraire. C'est plutôt que l'histoire ne fait que commencer.
Alors pour ceux qui débarquent, ici on dit mademoidame à toute personne de sexe féminin, quel que soit son âge.
Mesdemoidames et Messieurs, bien le bonsoir.
mardi 14 août 2012
Etes-vous commode ou bahut ?
En commentaire de Comparaison n'est pas raison, un monsieur trouve que j'exagère de dire que la différenciation madame/mademoiselle assimile les femmes à du mobilier. Ne fait-on pas, ajoute-t-il candidement, la différence entre une commode et un bahut ? J'ai trouvé cette remarque amusante et terriblement pertinente. Ce monsieur aurait pu évoquer des meubles insignifiants tels qu'une table ou une chaise. Mais son inconscient - qui lui fait dire le contraire de ce qu'il comptait dire, parce que le refoulé ressurgit toujours - a vraiment trouvé les images adéquates. Oui, le système traditionnel divise bien les femmes en commodes et en bahuts : d'un côté les commodes, sexuellement bien pratiques, de l'autre les bahuts, dans lesquelles un homme place sa préciseuse semence pour assurer sa descendance ; d'un côté les femmes réservées à la gaudriole, de l'autre celles réservées à l'élevage. Remarquez que le terme mademoiselle désigne à la fois les commodes et les futurs bahuts : cette contradiction n'est qu'apparente, l'essentiel étant que les femmes restent assimilées à des meubles et demeurent des propriétés.
J'ai assisté la semaine dernière à une scène presque insoutenable. Dans un wagon de métro est montée une femme entièrement voilée, avec un masque comme en portent les chirurgiens, accompagnée de son mari. Le voile intégral est interdit en France depuis avril 2011; si ces gens avaient croisé la police, ils auraient été verbalisés. Est-ce le plaisir de la transgression qui donnait à cet homme son air imbécile et autosatisfait ? On aurait dit qu'il promenait son doberman en laisse. Le doberman portait une muselière. Sauf que ce n'était pas un doberman, c'était un être humain. C'était si pénible à voir que les gens se dandinaient sur leur siège. La plus folle de colère était une vieille Marocaine qui ne portait pas le moindre foulard et qui les fusillait des yeux en poussant des soupirs d'indignation.
Dans un système tel que celui incarné par ce couple, une frontière très étanche sépare les dames des demoiselles. Aucune liberté sexuelle n'est possible. Le mariage s'assimile à une transaction par laquelle l'homme acquiert une maison qu'il n'a pas visitée.
Meuble, maison, mais quand donc les femmes cesseront-elles d'être considérées comme des choses dans l'inconscient collectif ? Quand on cessera de les définir par rapport à un homme. Quand enfin on emploiera une civilité qui ne signifie ni fille de, ni femme de, mais qui soit l'exact équivalent de monsieur. Quand, en lieu et place de mademoiselle ou madame, on dira mademoidame.
J'ai assisté la semaine dernière à une scène presque insoutenable. Dans un wagon de métro est montée une femme entièrement voilée, avec un masque comme en portent les chirurgiens, accompagnée de son mari. Le voile intégral est interdit en France depuis avril 2011; si ces gens avaient croisé la police, ils auraient été verbalisés. Est-ce le plaisir de la transgression qui donnait à cet homme son air imbécile et autosatisfait ? On aurait dit qu'il promenait son doberman en laisse. Le doberman portait une muselière. Sauf que ce n'était pas un doberman, c'était un être humain. C'était si pénible à voir que les gens se dandinaient sur leur siège. La plus folle de colère était une vieille Marocaine qui ne portait pas le moindre foulard et qui les fusillait des yeux en poussant des soupirs d'indignation.
Dans un système tel que celui incarné par ce couple, une frontière très étanche sépare les dames des demoiselles. Aucune liberté sexuelle n'est possible. Le mariage s'assimile à une transaction par laquelle l'homme acquiert une maison qu'il n'a pas visitée.
Meuble, maison, mais quand donc les femmes cesseront-elles d'être considérées comme des choses dans l'inconscient collectif ? Quand on cessera de les définir par rapport à un homme. Quand enfin on emploiera une civilité qui ne signifie ni fille de, ni femme de, mais qui soit l'exact équivalent de monsieur. Quand, en lieu et place de mademoiselle ou madame, on dira mademoidame.
mercredi 11 juillet 2012
Les yeux au ciel
Les religions m'horripilent. J'ignore si Dieu existe - personne ne peut répondre à cette question - mais s'il avait deux sous de jugeotte, Dieu aurait tellement honte de ce qu'on fait en son nom qu'il sortirait de son mutisme. En Afghanistan, une femme soupçonnée d'adultère vient encore d'être assassinée au nom de la religion. C'est qu'une religion est avant tout un mode d'organisation sociale, une manière de faire de la politique et un terrible instrument de pouvoir. On dirait même Dieu ne sert qu'à opprimer les femmes. C'est bien la preuve qu'il n'existe pas, tous comptes faits...
Les traditions ont la vie dure. Le week-end dernier, Le Monde a consacré tout un dossier à la virginité :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/07/06/la-symbolique-de-la-virginite-reste-tres-forte_1729909_3224.html
Yvonne Knibiehler, historienne présentée comme féministe, déclare que le rite de passage pour les femmes se fait en trois étapes, la troisième étant la maternité. "Pour passer de l'état de fille à l'état de femme, je pense qu'il faut ces trois étapes", déclare-t-elle sans que la journaliste trouve quoi que ce soit à y redire.
Ce genre de propos me fait bondir. Non, féminité ne se confond pas avec maternité ! Oui, on est une femme complète même sans enfants ! La maternité est optionnelle, comme le mariage. C'est même une des grandes conquêtes du vingtième siècle. La maternité est d'autant moins obligatoire que nous sommes déjà trop nombreux, eu égard au nombre d'emplois et aux ressources disponibles. Personne ne le dit parce qu'il faut pousser à la consommation. Le "Croissez et multipliez" de la Bible, à une époque où l'humanité ne se comptait qu'en millions et où la mortalité infantile était élevée, ne se justifie plus au 21ème siècle. Rien ne vous oblige, Mesdemoidames, à être des pondeuses. N'écoutez pas les prétendues féministes, les religieux, les vendeurs de lessive, ni aucun de ceux qui au nom d'une norme vous ramènent encore et toujours à vos fonctions reproductives. Le désir d'enfant n'est pas automatique, c'est à chacune de décider pour elle-même. Dans tous les cas, ce ne sont ni les enfants, ni les hommes qui vous définissent. C'est bien pour ça que je m'évertue à vous appeler Mesdemoidames.
Les traditions ont la vie dure. Le week-end dernier, Le Monde a consacré tout un dossier à la virginité :
http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/07/06/la-symbolique-de-la-virginite-reste-tres-forte_1729909_3224.html
Yvonne Knibiehler, historienne présentée comme féministe, déclare que le rite de passage pour les femmes se fait en trois étapes, la troisième étant la maternité. "Pour passer de l'état de fille à l'état de femme, je pense qu'il faut ces trois étapes", déclare-t-elle sans que la journaliste trouve quoi que ce soit à y redire.
Ce genre de propos me fait bondir. Non, féminité ne se confond pas avec maternité ! Oui, on est une femme complète même sans enfants ! La maternité est optionnelle, comme le mariage. C'est même une des grandes conquêtes du vingtième siècle. La maternité est d'autant moins obligatoire que nous sommes déjà trop nombreux, eu égard au nombre d'emplois et aux ressources disponibles. Personne ne le dit parce qu'il faut pousser à la consommation. Le "Croissez et multipliez" de la Bible, à une époque où l'humanité ne se comptait qu'en millions et où la mortalité infantile était élevée, ne se justifie plus au 21ème siècle. Rien ne vous oblige, Mesdemoidames, à être des pondeuses. N'écoutez pas les prétendues féministes, les religieux, les vendeurs de lessive, ni aucun de ceux qui au nom d'une norme vous ramènent encore et toujours à vos fonctions reproductives. Le désir d'enfant n'est pas automatique, c'est à chacune de décider pour elle-même. Dans tous les cas, ce ne sont ni les enfants, ni les hommes qui vous définissent. C'est bien pour ça que je m'évertue à vous appeler Mesdemoidames.
mercredi 27 juin 2012
Mademoidame Trierweiler
Début mai, je me suis bien sûr demandé si le nouveau président et sa compagne allaient devoir se marier pour des raisons de protocole. Et là, stupeur, je découvre que Valérie Trierweiler porte en fait le nom de son ex-mari. Une Canadienne s'étonne des habitudes hexagonales en la matière sur :
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/548367-valerie-trierweiler-future-hollande-ces-francaises-qui-changent-de-nom-comme-de-mari.html
Arrive l'affaire du tweet. Aïe, aïe, aïe ! Revoilà les clichés sur la femme jalouse, méchante et - personne ne le dit mais ça transpire - bête au point de nuire à l'homme qu'elle aime. Elle a beau vouloir continuer à travailler pour subvenir aux besoins de ses enfants, Valérie T. ne véhicule pas l'image d'une femme bien moderne. Surtout que dans Le Point du 21 juin (en ligne), un journaliste suggère de donner des postes officiels aux femmes de présidents... Pour que les machos puissent se gausser de femmes qui obtiennent des promotions.- on ne dira pas canapé mais...conjugales ? Voilà qui ne va pas faire avancer les choses
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/548367-valerie-trierweiler-future-hollande-ces-francaises-qui-changent-de-nom-comme-de-mari.html
Arrive l'affaire du tweet. Aïe, aïe, aïe ! Revoilà les clichés sur la femme jalouse, méchante et - personne ne le dit mais ça transpire - bête au point de nuire à l'homme qu'elle aime. Elle a beau vouloir continuer à travailler pour subvenir aux besoins de ses enfants, Valérie T. ne véhicule pas l'image d'une femme bien moderne. Surtout que dans Le Point du 21 juin (en ligne), un journaliste suggère de donner des postes officiels aux femmes de présidents... Pour que les machos puissent se gausser de femmes qui obtiennent des promotions.- on ne dira pas canapé mais...conjugales ? Voilà qui ne va pas faire avancer les choses
mercredi 30 mai 2012
Dis bonjour à la demoidame
En toute logique, je parle d'une demoidame plutôt que d'une demoiselle ou d'une dame. Les demoidames comprennent très bien ce que je dis. Les messieurs aussi. Les enfants de même. Quand on vous dit (sur http://mademoidame.blogspot.fr/2011/10/mademoidame-se-projette-dans-le-futur.html ) que mademoidame est un terme plein d'avenir ! Un copain fonctionnaire m'a récemment transmis une circulaire ministérielle datée du 21 février qui recommande d'utiliser madame comme équivalent (par défaut) de monsieur, mais je continue à recevoir des courriers administratifs ou commerciaux indûment libellés à mademoiselle. Preuve que le sujet est encore loin d'être clos.
mercredi 2 mai 2012
Un mot de Mademoidame
Chères Mesdemoidames, chers Messieurs,
Juste un mot pour vous assurer que ce blog n'est pas mort. Si je n'écris pas plus souvent, c'est que je suis monopolisée par d'autres projets. Au reste, le terme mademoidame est une réalité depuis plus d'un an : il suffit de l'employer, de continuer à l'employer, de susciter la curiosité des gens qui tapent le mot dans un moteur de recherche et se retrouvent ici. On m'a parlé d'une boîte qui proposait mademoidame parmi une liste de civilités possibles. Ce sujet mériterait un post à lui seul mais là je n'ai vraiment pas le temps, pas le temps, pas le temps, je note dans mon agenda de les contacter pour les interviewer, maintenant il faut que je file.
Juste un mot pour vous assurer que ce blog n'est pas mort. Si je n'écris pas plus souvent, c'est que je suis monopolisée par d'autres projets. Au reste, le terme mademoidame est une réalité depuis plus d'un an : il suffit de l'employer, de continuer à l'employer, de susciter la curiosité des gens qui tapent le mot dans un moteur de recherche et se retrouvent ici. On m'a parlé d'une boîte qui proposait mademoidame parmi une liste de civilités possibles. Ce sujet mériterait un post à lui seul mais là je n'ai vraiment pas le temps, pas le temps, pas le temps, je note dans mon agenda de les contacter pour les interviewer, maintenant il faut que je file.
jeudi 12 avril 2012
Langage, invention, recherche
Il paraît qu'en Suède, on utilise de plus en plus hen, un pronom neutre inventé tout exprès pour remplacer han (il) ou hon (elle). J'ai aussi trouvé des féministes francophones qui voulaient changer la grammaire pour que le féminin l'emporte sur le masculin.
Vouloir refaire la langue, c'est vouloir refaire le monde. J'attends la saga qui retracerait l'histoire des créations et/ou utopies linguistiques : l'espéranto, l'hébreu moderne, etc., jusqu'à l'anarchique féminisation des noms de métiers dans le français contemporain.
Moi, si j'étais chercheur(e) ou chercheuse en sciences humaines, c'est aux civilités réservées aux femmes que je m'intéresserais plus particulièrement : madame, mademoiselle, citoyenne, mademoidame et autres madelles. Un sujet original et passionnant qui relève à la fois de la littérature, des sciences du langage, de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire. Il était encore inexploré en 2006, si j'en crois un livre déjà cité. Quelle bonne idée pour quelqu'un qui cherche un sujet de thèse. Dépêchez-vous mesdemoidames et messieurs.
Vouloir refaire la langue, c'est vouloir refaire le monde. J'attends la saga qui retracerait l'histoire des créations et/ou utopies linguistiques : l'espéranto, l'hébreu moderne, etc., jusqu'à l'anarchique féminisation des noms de métiers dans le français contemporain.
Moi, si j'étais chercheur(e) ou chercheuse en sciences humaines, c'est aux civilités réservées aux femmes que je m'intéresserais plus particulièrement : madame, mademoiselle, citoyenne, mademoidame et autres madelles. Un sujet original et passionnant qui relève à la fois de la littérature, des sciences du langage, de la sociologie, de l'anthropologie, de l'histoire. Il était encore inexploré en 2006, si j'en crois un livre déjà cité. Quelle bonne idée pour quelqu'un qui cherche un sujet de thèse. Dépêchez-vous mesdemoidames et messieurs.
samedi 24 mars 2012
Mademoidame votre mère
- Et comment se porte Mademoidame votre mère ?
- Elle va bien, je vous remercie.
- Vous lui transmettrez mon bon souvenir.
- Je n'y manquerai pas.
Maman, 76 ans, a adopté mademoidame. Elle m'a demandé l'autre jour de prendre son courrier dans sa boîte à lettres. Elle avait reçu le résultat d'analyses médicales dans une enveloppe auto adressée sur laquelle elle avait écrit madmoidame, suivi de son prénom et de son nom de naissance...
- Elle va bien, je vous remercie.
- Vous lui transmettrez mon bon souvenir.
- Je n'y manquerai pas.
Maman, 76 ans, a adopté mademoidame. Elle m'a demandé l'autre jour de prendre son courrier dans sa boîte à lettres. Elle avait reçu le résultat d'analyses médicales dans une enveloppe auto adressée sur laquelle elle avait écrit madmoidame, suivi de son prénom et de son nom de naissance...
samedi 10 mars 2012
Autant en emporte le mot...
Merci au lecteur qui m'a écrit pour me signaler la chronique de François Morel sur France Inter
http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-francois-morel-mademoiselle-se-meurt.
Intitulée dans un élan de dramatisation Mademoiselle se meurt, cette chronique illustre à merveille les malentendus implicites et inhérents au débat madame/mademoiselle. Elle montre aussi que, tout comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, M. Morel est peut-être, à son insu, un partisan de mademoidame...
Premièrement - il ne devrait pas être utile de le rappeler mais les réactions sur ce sujet sont tellement dictées par l'émotion : personne n'est en train de mourir à cause d'une évolution de langage. On est ici dans une métaphore nostalgique, proustienne, les chapeaux à voilettes, les déjeuners sur l'herbe, le cinématographe, le Paris des photos de Doisneau... Tout passe irrémédiablement. La nostalgie peut se comprendre car elle trahit notre inquiétude à propos de nous-mêmes : nous aussi, nous passerons, tous autant que nous sommes. On ne peut pourtant pas laisser la nostalgie dicter nos choix, à moins d'être rétrograde. Qui voudrait revenir à la tuberculose, aux guerres coloniales, aux aiguilles à tricoter pour avorter ?
Comme souvent dans ce débat, il y a confusion entre les différents usages des mots madame et mademoiselle. Madame et mademoiselle sont des termes polysémiques. Melle Truc sur une enveloppe ne veut pas du tout dire la même chose que "Hep, mademoiselle!" dans la rue. L'abandon de mademoiselle par l'administration n'empêchera nullement M. Morel de continuer à utiliser ce mot dans sa vie de tous les jours s'il le souhaite. C'est sûr, à force d'apostropher les jeunes femmes à coups de mademoiselle, il finira par avoir l'air d'un vieux machin... A ce propos, il semble regretter qu'on ne lui dise plus jeune homme à la boulangerie. Mais ni l'emploi de jeune homme, ni celui de mademoiselle ne vous rendent la frimousse et la vigueur de vos vingt ans. La mise en parallèle de jeune homme avec mademoiselle est par ailleurs une erreur ou une imposture, puisque jeune homme n'a jamais figuré sur le moindre courrier. Elle sert à discréditer les tentatives de faire évoluer le langage, il en a déjà été question.
Là où je suis d'accord avec M. Morel, c'est sur le caractère triste et conformiste du mot madame. Moi non plus, je n'ai pas envie de dire madame à des adolescentes. C'est bien pour ça que je les appelle mademoidame. Mademoiselle est aussi triste et conformiste que madame.
Madame et mademoiselle sont des mots connotés qui relèvent d'une même aliénation. Ils forment un système binaire dans lequel une femme est toujours définie par rapport au mariage. Avec mademoidame, on arrive enfin à quelque chose de neuf. Un monde où les femmes s'affirment par elles-mêmes et où les hommes ne se sentent nullement menacés par cette évolution. Un monde où les poètes chantent encore les joues roses des jeunes filles, mais où ils ont aussi ont la délicatesse, à mesure que s'additionnent les années, de ne pas leur faire remarquer les ravages du temps qui passe... Belle idée, n'est-ce pas M. Morel ?
http://www.franceinter.fr/emission-le-billet-de-francois-morel-mademoiselle-se-meurt.
Intitulée dans un élan de dramatisation Mademoiselle se meurt, cette chronique illustre à merveille les malentendus implicites et inhérents au débat madame/mademoiselle. Elle montre aussi que, tout comme M. Jourdain faisait de la prose sans le savoir, M. Morel est peut-être, à son insu, un partisan de mademoidame...
Premièrement - il ne devrait pas être utile de le rappeler mais les réactions sur ce sujet sont tellement dictées par l'émotion : personne n'est en train de mourir à cause d'une évolution de langage. On est ici dans une métaphore nostalgique, proustienne, les chapeaux à voilettes, les déjeuners sur l'herbe, le cinématographe, le Paris des photos de Doisneau... Tout passe irrémédiablement. La nostalgie peut se comprendre car elle trahit notre inquiétude à propos de nous-mêmes : nous aussi, nous passerons, tous autant que nous sommes. On ne peut pourtant pas laisser la nostalgie dicter nos choix, à moins d'être rétrograde. Qui voudrait revenir à la tuberculose, aux guerres coloniales, aux aiguilles à tricoter pour avorter ?
Comme souvent dans ce débat, il y a confusion entre les différents usages des mots madame et mademoiselle. Madame et mademoiselle sont des termes polysémiques. Melle Truc sur une enveloppe ne veut pas du tout dire la même chose que "Hep, mademoiselle!" dans la rue. L'abandon de mademoiselle par l'administration n'empêchera nullement M. Morel de continuer à utiliser ce mot dans sa vie de tous les jours s'il le souhaite. C'est sûr, à force d'apostropher les jeunes femmes à coups de mademoiselle, il finira par avoir l'air d'un vieux machin... A ce propos, il semble regretter qu'on ne lui dise plus jeune homme à la boulangerie. Mais ni l'emploi de jeune homme, ni celui de mademoiselle ne vous rendent la frimousse et la vigueur de vos vingt ans. La mise en parallèle de jeune homme avec mademoiselle est par ailleurs une erreur ou une imposture, puisque jeune homme n'a jamais figuré sur le moindre courrier. Elle sert à discréditer les tentatives de faire évoluer le langage, il en a déjà été question.
Là où je suis d'accord avec M. Morel, c'est sur le caractère triste et conformiste du mot madame. Moi non plus, je n'ai pas envie de dire madame à des adolescentes. C'est bien pour ça que je les appelle mademoidame. Mademoiselle est aussi triste et conformiste que madame.
Madame et mademoiselle sont des mots connotés qui relèvent d'une même aliénation. Ils forment un système binaire dans lequel une femme est toujours définie par rapport au mariage. Avec mademoidame, on arrive enfin à quelque chose de neuf. Un monde où les femmes s'affirment par elles-mêmes et où les hommes ne se sentent nullement menacés par cette évolution. Un monde où les poètes chantent encore les joues roses des jeunes filles, mais où ils ont aussi ont la délicatesse, à mesure que s'additionnent les années, de ne pas leur faire remarquer les ravages du temps qui passe... Belle idée, n'est-ce pas M. Morel ?
mercredi 7 mars 2012
Célébrations
Grâce à vous, chères lectrices, chers lecteurs, Mademoidame vient de remporter le troisième prix du concours de blogs organisé par marieclaire.fr http://www.marieclaire.fr/,grand-concours-blogs-ces-femmes-qui-s-engagent-les-resultats,20395,460005.asp. Merci d'avoir voté, merci de votre soutien. Ce 7 mars est aussi le premier anniversaire de ce blog. Mais c'est le 8 mars 2010 que j'ai publié un premier article intitulé Mademoidame sur mon blog officiel. Difficile, donc, de dire si l'initiative mademoidame a un an ou deux, en tout cas elle fait ses premiers pas, comme une grande. Bon, je vous laisse, il faut que je descende acheter une bouteille de champagne !
jeudi 1 mars 2012
Ecrivain ou écrivaine ?
Si je me dis écrivain plutôt qu’écrivaine, c’est pour répondre à ma vocation d’enfant. Quand j’étais petite, je voulais devenir écrivain. On ne disait pas encore écrivaine. Pour une femme, on disait romancière, mais c’était limitatif. Aujourd’hui, il y a des écrivaines, des cheffes, des agentes. Il y a des mairesses qu’on appelle Madame Le Maire ou Madame La Maire. Les femmes continuent d’être sous représentées politiquement, d’occuper majoritairement des emplois subalternes ou, quand elles montent dans la hiérarchie, de se cogner la tête contre le fameux « plafond de verre ». Je voudrais bien croire en la féminisation des noms de métiers comme je crois en mademoidame. Il est surprenant que je n’y croie pas, si je crois à la dimension symbolique du langage. Il est arrivé que cette contradiction me réveille en pleine nuit. En toute logique, il faudrait croire à la féminisation des noms de métiers et me dire écrivaine. Oui, mais pourquoi ne dit-on jamais d’une femme qu’elle est médecine ? Et pourquoi cette demoidame de trente-deux ans se présente-t-elle comme avocat ? L’autre jour, à la piscine, j’ai voulu connaître le féminin de maître nageur. La maîtresse nageuse m’a expliqué que sur son bulletin de paie, il y a écrit maître nageur. Dira-t-on un jour enfante, pour petite fille ? C’est joli, enfante, ça fait penser à infante. La vie des infantes d’Espagne ne devait pas être drôle.
vendredi 24 février 2012
Mademoidame dans Libé : Mademadame ou Madadame ?
Mademoidame se situe sur un autre registre. Destiné à remplacer mademoiselle ET madame, le terme est à la fois plus radical et plus ludique que le madame généralisé. Il est à la disposition de qui veut s'en servir. Il est particulièrement intéressant pour les très jeunes filles, dans la mesure où c'est une appellation neutre et pérenne qu'elles pourront conserver toute leur vie.
Autre coquille journalistique, le Mademadame du titre. Je sais pour avoir été pigiste qu'un article est toujours retravaillé par un(e) rédac chef qui ne connaît pas le sujet et que les gens de presse sont par nature pressés. Il ne reste donc qu'à rire de ce mademadame malencontreux. Et tant qu'à rire, pourquoi pas madadame ?
http://pdf.lu/KW0q
lundi 20 février 2012
Votez pour Mademoidame
Mademoidame participe au concours de blog, Paroles de femmes, des femmes s'engagent, organisé par marieclaire.fr. Pour soutenir Mademoidame, rendez-vous sur http://www.marieclaire.fr/sap/parolesdefemmes/entrant/454637
jeudi 16 février 2012
Visite guidée
Mademoidame, Monsieur,
Bienvenue sur ce blog.
Si tant de lecture vous fait peur ou si vous préférez les vidéos, écoutez s'exprimer les pionnières. Et puis voici un portrait de pionnière, et puis encore un autre. If you don't speak a word of French, here is where you should go. Pour jeune homme et mondemoiseau, c'est là. S'il vous faut des références, sachez que j'ai grandi à l'ombre de Mademoidame de Beauvoir. Et s'il fallait résumer ce blog en quelques lignes, c'est sans doute là que je vous enverrais.
Bienvenue sur ce blog.
Si tant de lecture vous fait peur ou si vous préférez les vidéos, écoutez s'exprimer les pionnières. Et puis voici un portrait de pionnière, et puis encore un autre. If you don't speak a word of French, here is where you should go. Pour jeune homme et mondemoiseau, c'est là. S'il vous faut des références, sachez que j'ai grandi à l'ombre de Mademoidame de Beauvoir. Et s'il fallait résumer ce blog en quelques lignes, c'est sans doute là que je vous enverrais.
lundi 6 février 2012
Mademoidame prend l'avion
- Mais enfin Mademoidame, où étiez-vous passée ? - Je suis allée au pays des Ms., où je n'étais pas retournée depuis que j'ai lancé ce blog. Là-bas aussi, on vous dit Ma'am ou Miss selon votre apparence. Les courriers ne comportent pas de civilités ou bien sont adressés à Ms.. Si vous êtes titulaire d'un doctorat, les lettres sont libellées à Dr. So and So. Si votre correspondant sait de source sûre que vous êtes mariée, vous êtes classiquement appelée Mrs. So and So. Ms. porte sur le côté administratif - là où depuis quelques mois, les féministes françaises peinent à faire généraliser l'usage de madame. La mauvaise nouvelle, c'est que l'écart des salaires hommes/femmes aux Etats-Unis est de 25%, c'est-à-dire presque aussi élevé qu'en France...
L'usage de mademoidame n'en reste pas moins hautement souhaitable. Dans l'avion, j'ai senti la moutarde me monter au nez quand le stewart, s'adressant à deux jeunes femmes qui bavardaient ensemble, a dit madame à l'une et mademoiselle à l'autre. Cette discrimination mériterait un courrier à Air France. Tout comme l'annonce du commandant de bord qui commençait par "Madame, Mademoiselle, Monsieur", on aurait dit la télé des années soixante. La route est longue. Il y en encore bien du chemin à parcourir...
L'usage de mademoidame n'en reste pas moins hautement souhaitable. Dans l'avion, j'ai senti la moutarde me monter au nez quand le stewart, s'adressant à deux jeunes femmes qui bavardaient ensemble, a dit madame à l'une et mademoiselle à l'autre. Cette discrimination mériterait un courrier à Air France. Tout comme l'annonce du commandant de bord qui commençait par "Madame, Mademoiselle, Monsieur", on aurait dit la télé des années soixante. La route est longue. Il y en encore bien du chemin à parcourir...
samedi 14 janvier 2012
Mademoidame, mode d'emploi
Si mademoidame vous semble encore inhabituel, ouvrez une lettre au hasard dans votre traitement de texte. Remplacez chaque Madame et chaque Mademoiselle par Mademoidame. Ajoutez Mademoidame, avec et sans majuscule, à votre correcteur d'orthographe. Remplacez les abbréviations, Melle et Mme, par Mdme. Amusez-vous à faire cet exercice avec toutes sortes de textes. Passez aux vrais courriers : Mademoidame, Monsieur. Puis, pour finir : Veuillez agréer, Mademoidame, Monsieur, mes salutations distinguées. J'avoue qu'il m'arrive encore parfois d'écrire Madame, quand je ne veux pas me faire remarquer. Mais c'est de plus en plus rare. On ne risque absolument rien à employer mademoidame. Comme évoqué précédemment à propos d'une conversation, mademoidame est un mot si naturel, si aisément compréhensible, que les gens ne semblent même pas surpris. Prononcez mademoidame au moins cinq fois par jour. Cinq, comme pour les fruits et les légumes.
mardi 3 janvier 2012
Bonne année Mademoidame !
"Merci pour le mademoidame de 2011", m'écrit quelqu'un dans ses voeux pour 2012. Voilà qui fait bien plaisir. Un peu avant Noël, je suis entrée dans un magasin. Le monsieur m'a dit "Bonjour Mademoiselle". Je savais que c'était un compliment, même si ça me gave au plus haut point d'être appelée mademoiselle. (Ou madame.) Il était très gentil, le monsieur. Il m'a même accordé une ristourne. Au moment où je prenais congé, il a osé la question : "Madame ou Mademoiselle ?" J'ai répondu calmement : "Mademoidame." Puis je suis sortie du magasin, emportant comme un trophée son expression d'absolue perplexité.
lundi 19 décembre 2011
Mademoidame au-delà des frontières
Tout d'abord, mes excuses aux personnes qui auraient voulu laisser un commentaire sur ce blog et n'y sont pas parvenues. Il faudrait que je cherche une solution à ce problème technique. Il faudrait aussi que je fasse un vrai site, que j'anime la page facebook, le compte twitter, que j'incite les gens à s'inscrire, à "aimer" mademoidame en cliquant ici ou là... Le marketing m'ennuie profondément. Heureusement, mademoidame est une idée suffisamment intéressante pour que des gens envoient à d'autres un lien vers ce blog ou ajoutent le mot à leur correcteur d'orthographe. Notez que ce blog est lu dans un peu tous les pays. Mademoidame s'exporte bien. Le magazine suédois Avsikter publie dans son numéro de décembre une interview sur mademoidame. Les questions liées aux femmes intéressent beaucoup les Suédois, même si eux ont résolu le problème en n'employant plus aucune formule de civilité.
Je profite de ce billet, Mesdemoidames et Messieurs, pour vous souhaiter un joyeux Noël.
Je profite de ce billet, Mesdemoidames et Messieurs, pour vous souhaiter un joyeux Noël.
mercredi 7 décembre 2011
Mademoidame toutes voiles dehors
Qu'est-ce qui vous a plu dans mademoidame ?
Le fait de ne plus définir une femme par son statut marital, par son rapport à un homme. Mademoidame rattrape un fossé avec les Etats-Unis, où on dit Ms. depuis longtemps. Et puis c'est très tendance !
Plus profondément, mademoidame confirme une tendance sociétale. Dans Mademoidame, nous femmes pouvons entendre « Madame de moi ». J’aime l’affirmation positive de cette dimension psychologique.
Vous arrive-t-il d'employer mademoidame ?
Je mets un point d'honneur à répondre à toutes les candidatures spontanées que je reçois, et comme la majorité des postulants sont des postulantes, je leur envoie une lettre qui commence par "Chère Mademoidame". J'en parle aussi autour de moi. C'est le meilleur moyen de répandre ce mot hautement utile.
Photo: Philippe Petit
mardi 29 novembre 2011
Jeune homme et Mondemoiseau sont dans un bateau
J'en ai un peu marre d'entendre citer jeune homme ou proposer mondemoiseau comme solution au problème. Même s'il se trouve des hommes pour aimer qu'on leur dise jeune homme, voire pour se déclarer prêts à recevoir des courriers libellés à mondemoiseau, il s'agit d'une démonstration par l'absurde. On peut bien sûr s'amuser à dire jeune homme ou mondemoiseau. Cela pourrait peut-être s'avérer utile pour montrer le ridicule de la situation dans laquelle sont placées les femmes avec le madame/mademoiselle - à condition de réellement embêter les hommes. Il faudrait leur poser la question plusieurs fois par jour, y compris et surtout quand ce n'est pas nécessaire ; leur faire croire qu'ils n'existent pas réellement sans épouse et qu'ils louperont leur vie s'ils n'en consacrent pas au moins une partie à se reproduire ; leur mettre la pression, quoi. Alors ils pourraient traiter de chieuses les pro-mademoidame, les pro-madame, les pro-féministes de tous poils. Et rien ne changerait. L'égalité apparemment induite par l'introduction de mondemoideau ne vise qu'à discréditer les différentes tentatives d'abolition de la double appellation pour les femmes. Pardon pour cette phrase trop longue. Ce que j'essaye de dire, c'est qu'il ne s'agit pas d'emmerder les hommes, juste de laisser les femmes tranquilles. De les appeler Mademoidame, sans distinction de niveau esthétique, d'âge ou de statut marital. Mademoidame. Mademoidame.
lundi 21 novembre 2011
Mad, (é)moi, dame
On peut très bien employer mademoidame par amour du langage poétique, goût des jeux de mots, plus que par engagement politique. Je connais une Mademoidame convaincue qui ne supporte pas la référence au féminisme. Sans me reconnaître dans aucun mouvement (je suis une féministe franc-tireuse), j'ai du mal à comprendre qu'une femme se déclare anti-féministe. Du reste, cette personne revendique toutes les libertés modernes. Sa position n'est pas facile à cerner. Sur un sujet comme celui-ci, les discussions peuvent rapidement devenir houleuses. Les questions de féminisme et les questions de langue française ont en commun de susciter des réactions passionnelles. Alors qu'elles sont très complexes. Et appelleraient des entretiens calmes. Il y a des gens qui deviennent comme fous dès qu'on parle des femmes et de leur statut. Les gens s'énervent par manque d'arguments. Si votre interlocuteur/trice s'agite en élevant le ton, inspirez, expirez, inspirez à nouveau. Attendez que l'autre personne se soit vidée de son flot de paroles pour repartir à voix calme. Parlons de mademoidame, de la langue française, de la condition des femmes en ce début du vingt-et-unième siècle. Ne nous entretuons pas.
vendredi 11 novembre 2011
Le paradoxe de la femme divorcée
Selon l'usage, une femme divorcée reprend son nom de naissance (si elle l'avait abandonné pour celui de son mari) mais continue d'être appelée madame. Tout le monde trouve alors normal de définir cette femme en référence à un homme qui ne lui est plus rien depuis longtemps.
Déclarez-vous célibataire, et vos courriers resteront libellés à "Mademoiselle Schmoll" quoi que vous tentiez de dire ou de faire. Mariez-vous avec le premier venu, divorcez six mois plus tard, et on trouvera normal de vous appeller "Madame Schmoll" jusqu'à la fin de votre vie. Ou bien élevez-vous contre ce système absurde, et contribuez à généraliser l'usage de mademoidame.
Déclarez-vous célibataire, et vos courriers resteront libellés à "Mademoiselle Schmoll" quoi que vous tentiez de dire ou de faire. Mariez-vous avec le premier venu, divorcez six mois plus tard, et on trouvera normal de vous appeller "Madame Schmoll" jusqu'à la fin de votre vie. Ou bien élevez-vous contre ce système absurde, et contribuez à généraliser l'usage de mademoidame.
samedi 5 novembre 2011
Comparaison n'est pas raison
Certaines personnes brandissent les violences faites aux femmes pour dénoncer la supposée frivolité de mademoidame. Les appellations traditionnellement réservées aux femmes et les violences qui leur sont faites ont pourtant un lien évident : elles incarnent un type de société où les femmes sont assimilées à du mobilier appartenant à tel ou tel homme : au père d'abord (mademoiselle), au mari ensuite (madame). La discrimination entre "dames" et "demoiselles" correspond à ce qu'on appelle une société patriarcale. Plus la société l'est (patriarcale), moins les femmes ont de droits, plus elles sont considérées comme des choses. Répandre l'usage de mademoidame est donc loin d'être anodin. Appeler ou se faire appeler mademoidame, c'est une manière de sortir des schémas traditionnels. Mademoidame est l'équivalent exact de monsieur : une appellation neutre et pérenne qui fait des femmes des êtres à part entière, et non plus seulement des satellites ou du mobilier...
samedi 29 octobre 2011
Jeune ou vieille, moche ou belle...
La classification madame/mademoiselle est d'autant plus difficile à appréhender qu'elle porte sur plusieurs paramètres : la situation maritale bien sûr, la situation "parentale" (une femme avec enfant est appelée Madame, même si elle n'est pas mariée), l'âge supposé ou, plus exactement - et surtout plus cruellement : le niveau esthétique. Une jolie femme recevra du "mademoiselle" jusqu'à un âge avancé, tandis qu'une grosse avec du poil au menton sera appelée "madame" dès sa prime adolescence. Mais oui, c'est révoltant. C'est aussi terriblement ambigü. Si les femmes acceptent encore d'être appelées mademoiselle, c'est bien parce qu'elles sont sensibles au compliment que peut véhiculer, sous certaines conditions, l'emploi de "mademoiselle". Il ne faut pourtant pas se leurrer : les plus belles et les plus coquettes finissent tôt ou tard par systématiquement recevoir de ce "madame" prétendument respectueux, qui les renvoie dans la catégorie des chairs plus très fraîches... On ne fait pas remarquer aux hommes qu'ils sont beaux ou laids ou qu'ils ont pris de l'âge ; alors, pourquoi s'obstiner à le faire remarquer aux femmes ?
Adopter mademoidame, c'est revendiquer le droit d'être jeune, et aussi le droit de vieillir ; le droit d'être belle, et aussi le droit d'être moche. Et, par-dessus tout, le droit de ne pas se l'entendre dire.
Adopter mademoidame, c'est revendiquer le droit d'être jeune, et aussi le droit de vieillir ; le droit d'être belle, et aussi le droit d'être moche. Et, par-dessus tout, le droit de ne pas se l'entendre dire.
mercredi 19 octobre 2011
Mademoidame se projette dans le futur (par Mademoidame Agnès)
Marque de civilité pour les femmes, le terme Mademoidame est apparu au XXIe siècle. Il fusionne les termes mademoiselle et madame, tombés en désuétude, et qui distinguaient jusqu’au XXe siècle les femmes mariées de celles qui ne l’étaient pas. En 2012, en direct de l’Élysée, la première présidente française, Eva Joly, s’adresse à la Nation en commençant son discours par ‘Mesdemoidames, Messieurs’. Auparavant, le terme est entré dans le langage populaire, particulièrement aux États-Unis, au Canada et au Japon, popularisé par des artistes comme Mademoidame Gaga, qui revendique ce nom de scène lors d’une tournée internationale, tandis que le tube de Patricia Kass, ‘mademoidame chante le blues’ est une nouvelle fois consacré, avec plus de 10 millions d’exemplaires vendus. Dans un autre genre, Catherine Ringer, reprend la célèbre chanson grivoise de Colette Renard, ‘Que c’est bon d’être une mademoidame’ qui se fredonne sur toutes les lèvres. Il faut attendre 2040 que pour que l’Académie française admette officiellement ce terme dans le dictionnaire, depuis longtemps en usage dans la langue française.
Petite Encyclopédie terrienne, Mademoidame Agnes
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