mardi 18 novembre 2014

Quatre ans et demi de mademoidame

Déjà ?!

Ceci est le 99ème post de ce blog. L'occasion de changer  prochainement de formule, de format, de plateforme. Ce blog existe depuis trois ans et demi, quatre ans et demi si on tient compte du premier article paru en 2010 (d'abord sur un autre blog, puis rapatrié ici).
Au départ, je croyais naïvement qu'il suffisait de s'adresser à l'intelligence des gens : on leur expliquait en quoi la différenciation madame/mademoiselle est aberrante, illogique, ringarde et discriminatoire, et - sauf pour les plus cons - ils changeaient de vocabulaire. Soit ils adoptaient mademoidame, soit ils trouvaient un autre terme, soit ils se contentaient du madame universel, ce n'est pas la meilleure solution mais c'est toujours mieux que le binôme madame/mademoiselle.
Pourquoi, demandent les nouveaux venus, le madame universel n'est-il pas la bonne solution ? Parce que le mot madame renvoie à la femme mariée, à l'épouse de monsieur. Parce qu'il ramène les femmes à la maternité, alors que la vraie libération passe par un affranchissement de la maternité, laquelle devrait être une option et non une norme. Et, enfin, parce qu'il est plus facile d'ajouter un mot que d'en enlever un ; plus facile d'introduire le mademoidame universel que d'interdire aux gens de dire mademoiselle. Pour résumer.

Petit rappel historique

Depuis mes dix-huit ans, j'attendais sagement que les féministes veuillent bien s'emparer de la question des civilités. Les décennies passaient. J'ai fini par retrousser mes manches, écrire un premier article puis, en mars 2011, j'ai commencé ce blog. J'ai diffusé un communiqué de presse, mobilisé quelques amies, un magazine féminin a publié un entrefilet. J'écrivais à toutes sortes de sites et d'associations féministes, en vain. En mai 2011, finalement, j'ai reçu un mail d'Osez Le Féminisme : elles entamaient une réflexion sur le sujet. Il était temps. Une grosse association ne pouvait quand même pas se laisser doubler par une franc-tireuse.
Elles m'ont invitée à une réunion. Elles étaient une bonne vingtaine autour de tables disposées en  rectangle. J'avais fait une insomnie la veille et j'avais l'impression que mon oral ne se déroulait pas au mieux. À part les deux responsables, qui avaient du savoir-vivre, les autres étaient ouvertement hostiles : des filles de vingt-cinq trente ans, certaines terriblement prout-prout, qui pinçaient les narines et repoussaient avec mépris le papier que j'avais distribué. J'étais quand même drôlement contente d'être là, drôlement contente de voir que ça bougeait enfin. La suite de l'histoire est connue : grâce à leur force de frappe, les demoidames d'OLF ont lancé un débat quasi national en septembre 2011. Pour la première fois en France, on a évoqué à grande échelle, dans les médias, ce qu'implique d'être appelée mademoiselle ou madame. Encore ne s'agissait-il que du traitement administratif (suppression de la case mademoiselle), mais c'était déjà énorme.

Vous avez dit "indépendante" ?

Tout au long de ce blog, j'ai essayé de montrer la complexité de l'emploi des civilités, ainsi que le véritable tabou que ce sujet constitue. À l'époque où j'essayais de nouer des contacts avec les féministes, j'écrivais aussi à des universitaires, sans plus de succès. Il y aurait des thèses à faire sur les occurrences et les polysémies de madame et de mademoiselle. Mais nous sommes en France, pays du snobisme intellectuel, à l'époque du conformisme absolu instauré par les réseaux sociaux. Une petite bonne femme sur Blogger ne peut pas avoir quoi que ce soit d'intéressant à dire, voyons ! Si encore chacun de ses articles était suivi de cinquante commentaires et d'autant de partages sur Facebook ! C'est vrai que je ne me suis pas foulée pour la promo. Je n'ai pas entretenu le réseau des mademoidames, pas sollicité mes amis pour poster des commentaires, pas écrit au moins un article par semaine, bref, je n'ai rien fait de ce qu'il aurait fallu pour devenir populaire - ce mot détestable. Pire, j'ai tenu des propos antinatalistes et je suis contre la pénalisation des clients de la prostitution, qui sera impossible à appliquer et rendra la condition des prostituées encore plus difficile. Le discours ambiant nous enjoint à l'authenticité, mais la seule authenticité admise est celle qui reste dans les rails.

La suite

Alors, quelle suite à donner à cette centaine d'articles ? Ce blog a peut-être déjà rempli sa fonction et il n'y a rien de plus à faire. D'un autre côté, j'aime toujours autant le mot mademoidame et je n'ai pas envie de le laisser tomber. Mais comment promouvoir un mot ? Il faudrait s'y prendre autrement. Oui, mais comment ? Euh, je peux obtenir un délai de réflexion jusqu'au centième article ?








dimanche 19 octobre 2014

Coucou, fais-moi peur

L'approche d'Halloween est l'occasion de rappeler que les femmes ont toujours fait peur aux hommes, ou plus exactement, aux machistes. Il faudrait évoquer la Bible, Saint Paul, le Moyen-Age, Sigmund Freud, etc. On pourrait expliquer toute l'histoire de la domination des hommes sur les femmes par la trouille que celles-ci infligent à ceux-là.
Cette peur est fantasmatique. Dans la réalité, ce sont les hommes qui - pour ne prendre qu'un exemple - tuent les femmes dans les violences conjugales. Le contraire est infiniment plus rare. Les hommes ont moins à craindre la violence physique des femmes que l'inverse. Leurs peurs tiennent plutôt à leurs propres désirs, et à des angoisses de castration : la peur du vertige que le désir provoque, la peur d'une défaillance érectile, la peur d'être comparé à d'autres hommes, etc. Les machistes sont terrifiés par les femmes, d'où leur agressivité. Ils transforment leur angoisse en haine. Ils inventent des ceintures de chasteté, des sociétés où la virginité d'une femme est plus importante que sa vie, des mutilations horribles telles que l'excision et l'infibulation. Dans leur optique délirante, non seulement les femmes ne doivent pas jouir, mais elles doivent souffrir. C'est que les machistes craignent moins les femmes -ils disent souvent "la" femme - que la libido des femmes. Élevés dans le culte de la compétition, ils se sentent menacés par la sexualité féminine. La nymphomane occupe une place particulière dans leurs représentations. Elle incarne avec exagération tout ce qui les épouvante et les excite à la fois.
Dans le film Calmos (1975), deux hommes partent à la campagne pour fuir les femmes et leurs désirs. Bien que ce film soit vu comme un monument de misogynie et que Bertrand Blier lui-même le renie dans une interview, je le trouve intéressant et beau comme une œuvre surréaliste. Il me fait penser à Fellini, à Buñuel, à La Grande Bouffe de Marco Ferreri. Je ne révèle pas la fin pour préserver l'effet de surprise mais je vous garantis que c'est du grand délire, et qu'il y a dans tout ce film des moments de grand cinéma.

dimanche 5 octobre 2014

Nom d'un chien

"C'est votre nom de jeune fille ou votre nom d'épouse ?" demande la secrétaire du laboratoire d'analyses médicales. Je lui réponds que c'est mon nom. Elle réitère sa question. Je réitère ma réponse. Elle prend une grande inspiration et demande, pour la troisième fois, si c'est mon nom de jeune fille ou d'épouse. "Ecoutez, c'est mon nom, mon nom tout court. Je n'ai pas d'autre réponse à vous faire." "Alors c'est votre nom de jeune fille !" conclut-elle triomphalement. Je réplique :  "D'une part, on ne dit plus nom de jeune fille mais nom de naissance,  d'autre part, aucune loi n'oblige une femme à prendre le nom de son mari, vous n'êtes pas au courant ? " "Oh, ça va, ne ne vous énervez pas !" Elle se tourne vers sa collègue avec un geste de l'index en direction de la tempe, comme pour douter de ma santé mentale. Moi aussi, je doute de sa santé mentale. Je n'arrive pas à croire qu'elle ne soit jamais tombée sur un article traitant de cette question - il en existe un certain nombre - ni, surtout, qu'elle ne se sente aucunement concernée. En tant que femme, elle pourrait au moins y réfléchir.  Il y va de son intérêt personnel. C'est quand même pas compliqué à comprendre, nom d'un chien !


lundi 22 septembre 2014

Climat

Des gens se sentent suffisamment concernés par le dérèglement climatique pour participer à une manifestation. Les générations futures sont évoquées, mais on ne fait pas le lien entre croissance démographique et dégradation de l'environnement. La surpopulation reste un sujet tabou. Que les prévisions nous fassent arriver à douze ou "seulement" onze milliards d'humains en 2100, on continue de raisonner comme si les ressources sur terre étaient illimitées. Comme si un milliard de nos semblables ne mourait pas déjà de faim. Comme si les machines ne remplaçaient pas les gens partout, condamnant les enfants qui naissent à un chômage certain. Des rats affamés dans une cage finissent par se dévorer entre eux. Paradoxalement, l'instinct qui pousse les humains à se reproduire (dans un but de survie illusoire) pourrait bien causer la perte de l'espèce toute entière.
Selon une étude anglaise, les femmes les plus intelligentes seraient moins enclines que les autres à faire des enfants. Faut-il en conclure que les Françaises ne sont pas futées ? Malgré la crise, elles continuent à faire de la France un des pays d'Europe où la natalité est la plus forte. Il faut dire que la pression sociale s'exerce sans relâche. Sans parler des allocations familiales, versées même aux plus riches en ces temps de disette budgétaire.
Heureusement, des voix divergentes commencent à se faire entendre. L'expression childfree  entre peu à peu dans le langage courant. Il faut déconstruire le conditionnement selon lequel une femme est par définition une mère. Les femmes ont tout à y gagner. On ne les empêchera pas de faire des bébés si vraiment elles le désirent, mais toutes devraient lire les courageuses déclarations d'Anémone. Et puis, on vous le dit, l'avenir de la terre n'est pas au beau fixe. A moins d'être un(e) égoïste forcené(e) et/ou un(e) imbécile, il faut prendre le temps d'y réfléchir avant de foncer tête baissée.

jeudi 4 septembre 2014

Encore un nouveau mot

Il faut reparler du voile. Quelque chose ne va pas dans l'argumentation culpabilisante de mademoidame Delphy. Il est un peu facile de ramener toutes les prises de position contre le voile à des motivations racistes. Il y a des racistes en France, mais il y a aussi des gens réellement soucieux d'émancipation et de laïcité. Le malaise provoqué par la vue d'une femme intégralement voilée ne relève pas uniquement de ce qu'on appelle à tout bout de champ l'islamophobie. Voilà encore un mot qui brouille tout. Le problème n'est pas l'islam mais l'islamisme, et il serait plus exact de parler d'islamismophobie. Ainsi on ne viserait ni les personnes ni leur religion, mais une idéologie relativement récente, importée à coups de pétrodollars, où les femmes forment une sorte de bétail uniquement destiné à la reproduction. Où elles sont interdites de bains de mer. Même si, bien sûr, le bain de mer n'est qu'une goutte d'eau dans l'océan de leur condition.

vendredi 29 août 2014

Mademoidame à la plage (souvenir de vacances)

Sur le front de mer se promenaient quatre jeunes filles voilées, chaperonnées par leur mère également voilée. L'aînée triturait son i-phone en se donnant l'air affairé. La plus jeune lorgnait vers le large. Les deux autres fixaient le sol avec résignation. Leurs habits et leurs voiles étaient faits d'un tissu très épais, marron pour les unes, noir pour les autres. Il faisait bien trente degrés. Elles devaient crever de chaud. Quelle idée leur mère avait-elle eue en les emmenant là ? A quoi bon leur montrer la plage quand le maillot de bain, et par conséquent la baignade, leur étaient interdits ?
De l'autre côté du parapet, des femmes bronzaient seins nus.
Pour Christine Delphy, l'interdiction du voile est une mesure raciste qui, même sous couvert d'antisexisme, est une mesure contre les femmes concernées. Mademoidame Delphy met sur le même plan le voile et la "disponibilité sexuelle requise des femmes et signifiée notamment par les vêtements sexy". Sans doute n'aurait-elle vu qu'un muret entre les femmes aux seins nus et les femmes voilées, et elle aurait compté pour rien la possibilité de se baigner. Mais au fait, pourquoi n'existe-t-il pas de costumes de bain islamiques ? Il y avait bien en 1900 des accoutrements cent pour cent conformes à la pudeur.
Les femmes voilées ont continué leur pénible promenade. De loin, on aurait dit des corbeaux. Puis un type est arrivé, sur son tee-shirt était écrit : "Make love, not babies", c'était quand même plus drôle.


vendredi 8 août 2014

Mademoidame, Monsieur, bonjour

Au wagon-bar du train est arrivée une toute jeune fille qui portait un bébé dans un kangourou. Elle avait 14 ou 15 ans. Le barman lui a dit madame.
Le bébé n'était peut-être que le petit frère de l'adolescente. Le barman disait peut-être madame à toutes les femmes. Cette deuxième hypothèse semble toutefois improbable. La SNCF reste passéiste concernant les civilités : quand vous achetez un billet en ligne, vous avez le choix entre Monsieur, Mademoiselle et Madame, et tout voyage débute par un "Madame, Mademoiselle, Monsieur bonjour" particulièrement irritant. Je parierais que le barman pensait avoir affaire à une jeune maman, et qu'il lui disait madame à ce titre.

La maternité est un critère déterminant pour distinguer les dames des demoiselles dans la société française d'aujourd'hui. La société française reste très nataliste, et s'accroche de toutes ses forces à la distinction madame/mademoiselle. Il faut s'en étonner. Pourquoi serait-il normal de dire madame à une maman ? Pourquoi serait-il normal de distinguer certaines femmes des autres ? Serait-il normal d'employer un mot différent selon la couleur de la personne à qui l'on s'adresse ?  Ce serait du racisme. Appliqué aux femmes, on appelle ça du sexisme. Notez que la tonitruante campagne menée par OLF en 2011 pour la "suppression de la case mademoiselle" prônait le madame universel plutôt qu'une civilité nouvelle telle que mademoidame. C'est que la plupart des féministes officiel(le)s sont natalistes, comme le reste de la société. Le madame généralisé s'inscrit dans une vision du monde où les femmes sont des mères en puissance. L'injonction nataliste ne faiblit pas, alors même que les machines remplacent partout les gens et que de plus en plus de femmes osent dire qu'elles n'ont pas envie de se reproduire.
Les civilités sont peut-être un détail, mais un détail qui en dit long sur la mentalité ambiante. Le fait même qu'elles soient peu étudiées montre à quel point elles sont ancrées dans l'inconscient collectif. Posez-vous la question la prochaine fois que vous entendrez madame ou mademoiselle. Voyez comme, derrière la façade de l'évidence, les choses ne vont pas de soi. Bienvenue, Mademoidame, Monsieur, dans ce champ de réflexion encore peu fréquenté. Et bravo pour votre audace et votre curiosité ! Il en faut, pour ne pas se cantonner aux sites où tout le monde va.

mardi 22 juillet 2014

Passera, passera pas ?

Alors que le débat sur la prostitution s'était un peu calmé et que la pénalisation du client semblait acquise, on apprend que les sénateurs en ont rejeté l'article. La proposition de loi sera réexaminée ultérieurement. De quoi alimenter les réseaux sociaux encore tout l'été. Les partisans de la pénalisation du client voient la prostitution comme un effet de la domination des hommes sur les femmes, oubliant qu'elle résulte au moins autant d'une société de l'argent où tout s'achète et se consomme. Ils mettent en avant que les prostituées sont avant tout des femmes, alors que des hommes aussi se prostituent, et que leurs clients sont parfois des clientes.
Il m'est arrivé, dans la rue, d'être abordée par un jeune type qui proposait ses services. Il racolait, exactement comme ses consœurs, à quelques différences près bien sûr : c'était moins dangereux pour lui que pour une femme, et il mettait probablement plus de temps à lever une cliente. Les féministes officielles objecteront que cette prostitution-là est marginale, pourtant elle est bien réelle, et quelle réponse lui apporter ? Faut-il pénaliser les clientes qui auraient recours à un prostit ? Et faut-il protéger les prostitués gay de la domination masculine au nom des droits des femmes ? Voilà qui ne manquerait pas de piquant.
Et puis les Femen font irruption au Sénat. J'en étais restée à quand les féministes officielles n'avaient pas de mots assez durs pour critiquer les Femen, mais maintenant les Femen leur donnent un coup de main. J'ai dû louper des épisodes. Et pourquoi ces demoidames montrent-elles leurs nénés ? Pour essayer de faire passer coûte que coûte la pénalisation des clients, une perspective qui a pour effet de les rendre encore plus exigeants, de faire baisser les prix, et de pousser les prostituées à prendre toujours plus de risques. Et on voudrait nous faire croire que c'est un progrès.

samedi 21 juin 2014

Mince alors

Dans le métro, un jeune homme a cédé sa place à une énorme jeune femme en lui disant :  "Tenez Madame, asseyez-vous." Ravie, elle a pris le strapontin. Je me suis dit qu'à sa place, j'aurais eu honte d'être traitée comme une handicapée. Elle avait l'âge auquel toutes les autres sont appelées mademoiselle. Comme déjà remarqué sur ce blog, les grosses reçoivent systématiquement du madame. Ont-elles plus de poids social pour autant ? Le madame constitue-t-il une promotion ? Les mannequins grande taille font-ils avancer la cause des femmes ? Comment expliquer la persistance de cette discrimination que font presque tous les gens entre les grosses (madame) et les minces ( mademoiselle) ? Et bien sûr entre les vieilles (madame) et les jeunes ( mademoiselle) ? Imaginerait-on employer un mot différent selon qu'une personne est blanche ou noire ? N'est-ce pas que c'est choquant ? Alors, pourquoi continue-t-on ? Quand il suffit de dire mademoidame.

dimanche 1 juin 2014

Mamie dans le métro

Au hasard de la toile, je suis tombée sur une interview de Corinne Touzet, comédienne, qui déclare : "C'est viscéral chez une femme d'avoir envie de donner un enfant à l'homme qu'elle aime."  C'est sans doute vrai pour elle si elle le dit, mais faut-il pour autant en faire une généralité ? L'équation amour = faire un enfant ne résulte-t-elle pas surtout d'une injonction normative répétée comme un mantra ? Ce que nous prenons pour des vérités indiscutables est susceptible d'évoluer au cours du temps. Ainsi, le désir sexuel des femmes supposé moindre que celui des hommes est une construction historique de deux siècles à peine.
Pour en revenir à la déclaration de mademoidame Touzet, notez que le désir viscéral d'enfant est prêté à la femme, pas à l'homme. "La" femme est toujours ramenée à ses organes, à sa fonction reproductrice. Dans ce contexte, la ménopause est vécue comme un drame absolu. Notre société déteste les vieux. On les laisse debout dans les transports en commun avant de les entasser dans des mouroirs en répétant qu'ils ne servent à rien - alors que la gériatrie est un secteur en plein essor. Les jeunes mamans qui laissent leurs enfants s'étaler sur les banquettes du métro devant une octogénaire qui tient à peine sur ses jambes pourraient quand même se dire qu'elles aussi, peut-être, un jour, seront vieilles et fatiguées, non ? Finalement, c'est souvent moi qui laisse ma place aux vieilles dames. Quand c'est une femme enceinte en revanche, plusieurs personnes se disputent l'honneur de lui céder un strapontin. Chaque rame de métro sans chauffeur transporte donc des centaines de gens sans emplois, des vieux qu'on laisse debout, des enfants promis à un chômage certain, des mendiants, mais la priorité serait de faire toujours plus de bébés, c'est-à-dire au moins un à chaque histoire d'amour ?  Y aurait pas par hasard quelque chose qui cloche, dans cette société ?

samedi 17 mai 2014

De l'égoïsme

L'idée selon laquelle il serait égoïste de ne pas faire d'enfant est encore répandue dans la société française. Égoïste envers qui ? Les enfants ne demandent pas à venir au monde. Ils naissent d'une envie de leurs parents qui ensuite se servent d'eux pour justifier leur indifférence au sort des autres et leur avidité.
Récemment, un ami sans enfant s'est fait traiter d'égoïste. Il était si choqué qu'il n'a rien trouvé à répondre. Il aurait pu le prendre de haut : "Est-ce que je me permets, moi, de porter un jugement sur vos choix de vie ?" Il aurait pu se montrer conciliant : "Réjouissez-vous que je n'aie pas d'enfants : ça laisse plus de place et d'opportunités pour les vôtres". Ou employer la manière forte :  "Est-ce que vous vous demandez comment sera le monde dans trente, cinquante ou cent ans ? Est-ce que vous pensez un quart de seconde à la vie qu'aura votre fille en 2060? Vous vous en foutez royalement. Alors, lequel de nous deux est le plus égoïste ?" Il aurait même pu s'amuser : "Si je comprends bien, vous êtes d'accord pour me donner les cinq cent mille euros qui me feraient peut-être changer d'avis et me reproduire ?"
Nos grand-parents ne se posaient pas la question de faire ou non des enfants. A moins d'être stériles ou de vivre dans l'abstinence, ils en avaient des flopées. La vie venait, s'en allait ; les humains ne contrôlaient pas grand-chose. Du coup, ils n'étaient pas responsables de ce qui attendait leur progéniture.
Tout a changé avec la contraception. Donner la vie est devenu un acte lourd de conséquences. Donner la vie est peut-être un cadeau pour celle et celui qui la donnent, mais pas forcément pour le récipiendaire. Les gens le sentent obscurément, ou comment expliquer qu'ils s’aplatissent au moindre caprice de leur bambin ? C'est pour s'excuser, je crois, du mauvais tour qu'ils jouent aux générations futures que des adultes en viennent à céder leur place aux enfants dans le métro. Alors, qui sont les égoïstes ? Ceux qui ont des enfants pour leur propre plaisir, comme prolongement d'eux-mêmes, parfois sans se demander comment ils les nourriront, ou ceux qui ont conscience de leurs responsabilités ?

dimanche 4 mai 2014

C'est le printemps


C'est le printemps. Nous sommes au marché, mon compagnon et moi. Nous avons plus de cent ans à nous deux, nous formons de toute évidence un couple, pourtant le vendeur juge utile de me dire mademoiselle à longueur de phrases, et mademoiselle par ci, et mademoiselle par là. Il me vient à l'esprit que c'est un sujet pour ce blog. Du coup, je n'écoute plus ce que dit le vendeur. Les sandales ne m'intéressent pas vraiment. Pour ne pas les essayer, je prétexte une ampoule au pied. Quand le vendeur comprend qu'il ne me vendra rien, il se met à dire madame.

N'hésitez pas à partager vos anecdotes sur le sujet

mercredi 9 avril 2014

Canons à vendre

Ne manquez pas sur France Culture deux émissions passionnantes sur la prostitution estudiantine : l'une concerne les escort boys (prostitués homosexuels), l'autre les escort girls. La différence est flagrante. Les garçons n'hésitent pas à se définir comme des putes, ça ne leur pose pas de problème, ça les fait même rigoler. Les filles, au contraire, redoutent ce qualificatif. Comme le remarque finement mademoidame Sonia Kronlund, la productrice de l'émission, le fait que les garçons soient plus décomplexés que les filles tient sans doute à la sacralisation du corps féminin, perçu comme le réceptacle de la vie. La bataille des féministes officielles pour pénaliser les clients de la prostitution relèverait donc d'une mystique comparable à celle de l'Eglise.
Il a déjà été remarqué sur ce blog que la prochaine étape (de la libération des femmes) devrait être de dissocier féminité et maternité, tout comme au vingtième siècle on a dissocié la sexualité de la reproduction. Le bon sens commanderait de cesser de glorifier la maternité pour faire baisser la natalité et désengorger l'économie, de toute façon les machines remplacent partout les êtres humains. Un peu moins de monde sur le marché aurait pour conséquence de faire reculer la misère et le recours à la prostitution. Une décroissance démographique est quand même préférable à une guerre, non ?

dimanche 30 mars 2014

Nous sommes tou(te)s des prostitué(e)s


Un nouveau genre de site arrive sur la toile francophone : il s'agit de mettre en contact de jolies jeunes femmes désargentées (les sugar babies) avec des hommes mûrs et riches (les sugar daddies). Les jeunes femmes gagnent ainsi plusieurs milliers d'euros par mois sous forme d'argent ou de cadeaux. Osez le féminisme dénonce une forme de prostitution déguisée, parle de violence faite aux femmes. En fait, c'est plus flou. Les sugar babies s'inscrivent de leur plein gré,  choisissent leur "mécène",  parfois même il n'y a pas de relation sexuelle; il ne reste plus qu'à espérer que personne n'empoche les cadeaux à leur place.
Admettons néanmoins le fait de se faire entretenir comme de la prostitution. Donc, toutes les femmes au foyer sont des prostituées. Toute personne obtenant un quelconque avantage d'une personne avec qui elle a des relations sexuelles se prostitue. Où est la frontière ? Si, même en l'absence de relation sexuelle, on peut parler de prostitution, alors l'économie toute entière est prostitutionnelle. L'employeur est un proxénète, le salarié se prostitue, seul le client reste un client.  La violence est-elle avant tout sexuelle ou économique ? Si on regardait plutôt un film ? D'accord, le cinéma a souvent idéalisé la prostitution mais il faut voir et revoir La Fiancée du pirate (lien vers le film complet) de Nelly Kaplan, avec Bernardette Lafont et la chanson de Barbara, Moi, je m'balance. Sur le même thème, je vous recommande aussi le discours des prostituées dans L'aventure c'est l'aventure (à la minute 16).  

samedi 8 mars 2014

La femme ou les femmes ?

Le 8 mars est qualifié de multiples façons : c'est tantôt la journée internationale de la femme, tantôt la journée internationale des femmes, la journée internationale du droit des femmes, la journée du droit de la femme - voire la fête des femmes, certains croient même qu'il s'agit d'offrir des fleurs. Sans blague.
La femme ou les femmes, ça ne veut pas du tout dire la même chose. La femme ? Quelle femme ? Il en existe actuellement trois milliards et demi. Autant dire que la femme n'existe pas. Associée à la lune et aux déesses mères, la femme est un mythe. C'est une notion essentialiste fourre-tout qui sert de réceptacle aux fantasmes les plus délirants. Les femmes, en revanche, existent partout sur terre. Si elles ne sont pas toutes pareilles, elles ont quand même, toutes, d'une manière ou d'une autre, maille à partir avec des organisations, des normes, des idéologies sociales patriarcales qui les assignent, et parfois même les cantonnent, à la maternité. Le vingtième siècle a permis de dissocier sexualité et reproduction. Reste maintenant à dissocier féminité et maternité. Le discours est heureusement en train de changer,  pour preuve les nombreux articles mis en lien dans le post précédent, tenez, prenez celui-ci : elle a raison, non ? Maman n'est pas un métier. C'est peut-être une vocation pour certaines, mais c'est surtout optionnel. C'est d'abord ça, le droit des femmes : choisir ou non de se reproduire, sans se laisser enfermer dans des schémas réducteurs.  Mademoidame, Monsieur, bon 8 mars.

jeudi 20 février 2014

Y en a mère

Avez-vous vu sur le net ces pubs pour des crèmes de beauté, représentant des femmes outrageusement ridées avec des légendes du style : "Mère, 57 ans, vous révèle son astuce pour en paraître 35" ? On se demande pourquoi le mot de mère remplace ici celui de femme. C'est idiot. Toutes les femmes peuvent avoir des rides, et pas seulement celles qui ont eu des enfants. Alors, pourquoi ce ciblage ? Pourquoi ne pas avoir au contraire cherché à étendre le marché aux hommes? Eux aussi ont des rides et une partie d'entre eux consomme des produits de beauté. Je m'empresse de vous mettre en garde, mademoidame ou monsieur, contre ces offres qui sont de véritables arnaques, faites une recherche et lisez les témoignages si vous ne me croyez pas.
Pour en revenir au vocabulaire, le choix d'accoler systématiquement la notion de mère à la notion de femme relève soit d'un manque total de réflexion, soit d'une volonté idéologique. L'expression "théorie du genre" est, on le sait, employée par ses détracteurs pour la discréditer. Cette "théorie" n'existe pas en tant que telle, bien que les sciences sociales tendent à montrer que les différences psychologiques entre les sexes se construisent avant tout dans la société. Mais il y a des gens pour qui ce discours est inadmissible. Écoutez-les s'époumoner en invoquant la nature. L'idée qu'une femme doive et veuille obligatoirement avoir des enfants est largement répandue. La maternité reste vue comme l'alpha et l’oméga de la féminité, y compris par des féministes ; la pression sociale s'exerce encore très fortement sur les femmes pour les convaincre de procréer, et ce en dépit de la précarisation de l'emploi, de la raréfaction prévisible des ressources - bref, d'un avenir qui ne s'annonce pas sous les meilleurs auspices. Alors, ne vous laissez pas impressionner par le matraquage nataliste. Ne cédez pas au chantage au bonheur si vous n'avez pas envie de réelle vocation parentale. On peut être très heureu(x)(se) sans enfant, très malheureu(x)(se) avec. L'inverse peut être vrai bien sûr, mais il n'y a aucune obligation d'avoir des enfants, et une femme peut très bien choisir de faire autre chose. C'est peut-être ça, être une mademoidame : faire son chemin sans se laisser dicter les décisions les plus importantes de sa vie.

Et pour finir avec humour :  http://insolente0veggie.over-blog.com/article-la-theorie-du-genre-djendeure-120623797.html

dimanche 12 janvier 2014

Meilleurs voeux

Dans un bar à chansons, une dame m'a dit mademoiselle. Je suppose que c'est parce qu'elle me voyait accorder mon instrument. Les artistes sont souvent appelées mademoiselle, même quand elles en ont depuis longtemps passé l'âge. A partir de maintenant, je vais systématiquement noter les emplois de madame et de mademoiselle. Si vous avez envie d'en faire autant, vous pouvez envoyer vos observations et je les ajouterai à la liste. Ce recensement sera un de mes objectifs mademoidame pour 2014. Au fait, meilleurs voeux, mesdemoidames et messieurs. Une liste d'exemples précis avec leur analyse devrait permettre de dégager des tendances et de mieux appréhender ce que les gens ont dans la tête quand ils choisissent une civilité plutôt qu'une autre.
Le choix de l'appellation semble évident à première vue : madame à une femme mûre, mademoiselle à une jeune femme. On voit tout au long de ce blog qu'il est tout sauf évident. Il dépend non seulement de la femme mais aussi du locuteur, du contexte et d'autres paramètres encore. Il obéit à des règles informulées, des archaïsmes et des non-dits sociaux. Pourquoi vouloir distinguer les jeunes des vieilles, les minces des grosses, les belles des moches, les nullipares des mères de famille et les célibataires des femmes mariées - et ce alors même que l'institution du mariage tombe progressivement en désuétude ? En quoi cette distinction est-elle utile socialement ? Pourquoi se maintient-elle ? Dans un autre bar où je chantais, l'ingénieur du son, trente ans maximum, nous demande à ma collègue et à moi : "Mesdames ou mesdemoiselles ?" Et nous, d'une seule voix : "Mesdemoidames !" Rires. Mademoidame est un mot qui met de bonne humeur.


samedi 28 décembre 2013

Déconstruction des stéréotypes

Non, le cerveau n’a pas de genre. Non, il n’est pas “programmé". La première fois que j'ai entendu Catherine Vidal, c'était comme si je respirais un grand bol d'air frais. Blogger ne prend pas en charge DailyMotion mais vous découvrirez (si vous ne la connaissez pas encore) cette neurobiologiste iconoclaste en  copiant collant le lien suivant :
http://www.dailymotion.com/video/xryaxx_catherine-vidal-neurobiologiste_webcam?start=3
Pour continuer de vous réjouir, lisez http://www.slate.fr/story/81229/femmes-hommes-sexe-partenaires-multiples-pragmatisme-evolution et après ça, passez de joyeuses fêtes.

vendredi 22 novembre 2013

Des questions complexes

Pourquoi dit-on madame aux prostituées et mademoiselle aux actrices ? Historiquement, les actrices étaient considérées comme des prostituées, l'Eglise leur refusait d'être enterrées avec les chrétiens. C'est la raison pour laquelle on a pris l'habitude leur dire mademoiselle, même quand elles sont mariées. La logique voudrait que l'on dise aussi mademoiselle aux prostituées. On les qualifie bien de filles. Alors pourquoi leur dit-on systématiquement madame, souvent même avec emphase ? 
Le débat sur la prostitution fait rage. Une pétition de célébrités contre la pénalisation du client rappelle que cette loi enverra les personnes prostituées dans une clandestinité accrue. Un autre article montre qu'elle aggravera leur état de santé et rendra plus difficile la lutte contre la traite et l'exploitation. Mademoidame Esther Benbassa souligne dans une tribune le paradoxe qu'il y a à pénaliser le client tout en abolissant le délit de raccolage, puisqu'il '"sera permis de vendre des services sexuels mais interdit d'en acheter". Les auteurs d'un rapport sur la précarisation sociale et sanitaire des personnes prostituées donnent quant à eux l'exemple intéressant de l'Italie, où des maisons de fuite ont été créées pour permettre aux victimes des réseaux de prostitution de s'extirper des griffes de leurs proxénètes. On pourrait citer encore bien d'autres articles qui permettent de douter de l'efficacité de la politique abolitionniste que l'on veut mettre en place en France. Mais nos contemporain(e)s préfèrent les réponses simples aux questions complexes, et il se peut que la tendance abolitionniste l'emporte.
Bon, alors, qui essayera de comprendre pourquoi les comédiennes et les chanteuses sont appelées mademoiselle, alors que les prostituées reçoivent du madame ?  Comme souligné tout au long de ce blog, la question des civilités réservées aux femmes relève du tabou. Si ce n'était pas le cas, elle aurait déjà été largement étudiée par les linguistes, les sociologues, les anthropologues, les historiens, etc.
Il est possible que le lancement de mademoidame en 2010-2011 ait contribué à accélérer la mise en place de la campagne pour l'abolition de mademoiselle, ce qui n'est déjà pas si mal. J'ai dit l'autre jour à une amie que j'envisageais d'arrêter ce blog faute d'y consacrer assez de temps mais elle s'est écriée : "Non ! Ne t'arrête pas ! Il faut continuer ! "
Bien Mademoidame.


dimanche 27 octobre 2013

Tous clients, tous coupables ?


Une nouvelle campagne vise à "abolir" la prostitution. Les abolitionnistes veulent pénaliser le "client prostitueur". Il a même déjà été question d' "état prostitueur", comme si des femmes se retrouvaient sur le trottoir par décision gouvernementale. On vous explique qu'après l'abolition de l'esclavage et celle de la peine de mort est venu le temps de l'abolition de la prostitution. On voudrait bien y croire, si, si. Mais les véritables prostitueurs, les réseaux de proxénétisme, sont relativement peu mentionnés et pas du tout analysés (du moins dans ce que j'ai pu lire). Par nature volatiles, ils semblent moins intéresser les abolitionnistes que le client, sur qui la faute est rejetée. On finit par perdre de vue que la prostitution profite avant tout aux mafias, qui font en permanence un doigt d'honneur aux états.
Ce n'est pas parce qu'une chose est réprimée qu'elle n'est pas pratiquée. Malgré une politique de prohibition soutenue, la consommation de cannabis en France reste l'une des plus élevées en Europe, et on voit depuis plus de quarante ans que la pénalisation du client ne fait pas disparaître le phénomène.
Il y a dans l'appellation de "client prostitueur" quelque chose de très grave, dû en partie au mot tueur contenu dans prostitueur (mot récent). Le client est directement assimilé au proxénète. De simple consommateur de service offert dans une société toute entière vouée au commerce, il se retrouve coupable. Si la culpabilité du client devient un principe, alors nous devenons tous coupables de soutenir de nouvelles formes d'esclavage. Tous nous achetons à bas prix des ordinateurs et des vêtements fabriqués en Asie dans des conditions qui s'apparentent à l'enfer. Un ordinateur en commerce équitable coûterait trop cher pour la plupart des bourses. Donc, si le client de la prostitution doit renoncer à sa consommation pour des motifs moraux, nous devrions en toute logique, pour des motifs moraux, nous débarrasser de nos ordinateurs et de nos téléphones portables. On devrait appeller "clients esclavagistes" ceux qui continuent à acheter des tee-shirts à cinq euros. Mesdemoidames et Messieurs les abolitionnistes, commencez les premiers. Montrez par votre exemple que vous ne tolérez aucune forme d'exploitation dégradante de l'être humain. Débarrassez-vous de vos gadgets électroniques. Portez comme vos ancêtres une chemise de lin ou de coton fabriquée localement. Vous en changerez une fois par semaine, le dimanche, en même temps que vous ferez votre toilette hebdomadaire.

PS (31 octobre) :  le scepticisme - quant à l'efficacité des poursuites contre le client - ne me fait pas pour autant adhérer à l'affreux "manifeste des 343 salauds" avec son "Touche pas à ma pute". Les 343 salopes prenaient de vrais risques en signant leur manifeste ; les 343 salauds n'en prennent aucun. Quand au détournement du slogan historique "Touche pas à mon pote", il est tout aussi déplacé que le manisfeste. Imposture est le mot qui me vient à l'esprit. Mais au fait, pourquoi m'intéresser à ce débat ?  Peut-être parce qu'on dit invariablement madame aux prostituées ?




mardi 15 octobre 2013

Quand la bise fut venue

Une habitude sociale relativement récente consiste à faire la bise à de parfaits inconnus. Ou, plus exactement, à recevoir la bise de parfaits inconnus, au motif que l'on est une femme. Cette pratique est apparue dans les dernières décennies. Son développement coïnciderait avec l'émancipation des femmes - sans toutefois en relever. Elle mériterait en tout cas l'attention soutenue de sociologues et d'historiens des moeurs.
Les hommes entre eux se serrent la main. Ils s'embrassent quand ils sont amis ou parents, mais c'est là encore un phénomène très récent. Je n'imagine pas, par exemple, mon père faisant la bise à un autre homme. Cette idée le ferait probablement hurler. Les hommes des anciennes générations redoutaient tout ce qui aurait pu les faire passer pour efféminés et/ou homosexuels  - pour eux c'était la même chose. Effusions envers leurs pairs, attention à leur apparence physique, larmes, tout cela leur était interdit. Si leurs fils et petits-fils répugnent moins aux embrassades, la poignée de main demeure la salutation virile par excellence. Quand un homme arrive dans un groupe pour la première fois, il tend la main aux autres hommes et les salue en les regardant dans les yeux. Mais il agit tout autrement envers les femmes : sans leur accorder un regard - ou alors juste une oeillade - il trouve normal de coller sa joue râpeuse contre la leur, une fois de chaque côté. Car une autre évolution sociale nous vaut en France, depuis Serge Gainsbourg, des hommes perpétuellement mal rasés. En été, la barbe de trois jours s'accompagne d'une sueur abondante. Et comme la toilette bi-quotidienne reste une pratique largement féminine, rien ne garantit que l'homme qui se permet de vous embrasser sans vous connaître sente bon...
En général, je contre l'offensive de la bise en tendant la main et en invoquant la fragilité de ma peau. C'est vrai, je ne supporte pas ce qui pique. Mon chéri a pris l'habitude de se raser le soir pour ne pas irriter mon épiderme délicat. Certains inconnus prennent mal mon refus de leur faire la bise. Tant pis. Je préfère passer pour une pimbêche plutôt que de frotter ma joue contre du papier de verre. Je ne fais d'effort que pour les amis. Et encore, je n'hésite pas à leur dire qu'ils piquent, comme je le disais à mon grand-père. Pourquoi devrait-on se soumettre à une pratique sociale désagréable et discriminante ? Pourquoi la franche poignée de main devrait-elle demeurer l'apanage de ces messieurs ? Que diraient-ils, si on leur demandait de frotter leur visage contre un paillasson ?


vendredi 27 septembre 2013

Mademoidame la chève

Dans Le Sexe des mots (Belfond, 1889), Marina Yaguello explique que le féminin de chef devrait être chève, sur le modèle de bref, brève. Il semble que la féminisation de chef se soit plutôt fixée sur cheffe. De même, remarque une blogueuseauteur aurait gagné à se féminiser en autrice, sur le modèle d'auditeur, auditrice, au moins la différence se serait entendue.
Pendant longtemps, je n'ai vu aucun intérêt à féminiser les noms de métiers. Il me semblait que ça ne changeait rien à la situation des femmes. J'étais particulièrement exaspérée d'entendre, depuis les années 80, des gens débattre de la féminisation des noms de métiers au nom du féminisme, sans jamais évoquer la question du madame/mademoiselle. Le Sexe des mots aborde une kyrielle de mots consacrés aux femmes sans mentionner les civilités. D'accord, c'est un livre un peu ancien, mais il est écrit par une universitaire : comment a-t-elle pu oublier de remarquer le binôme madame/mademoiselle, alors même qu'elle travaillait sur le traitement linguistique dont les femmes sont l'objet ? Les civilités traditionnelles sont si profondément ancrées qu'elles échappent à la sagacité des spécialistes. Ceci dit, je suis en train de dévorer les livres de mademoidame Yaguello. J'aimais très moyennement la linguistique à la fac ; je me rattrape. Encore quelques lectures et je reviens vers vous, mesdemoidames et messieurs.

jeudi 29 août 2013

Quand il faut appeler un chat une chatte

On m'a confié une gentille petite chatte à garder pendant quelques jours. Ses maîtres disaient invariablement le chat et il à son propos. Ce n'est pas la première fois que je note ce phénomène. Les possesseurs de chats femelles, femmes et hommes, se refusent à appeler leur chat une chatte. Le mot chatte en étant venu à désigner le sexe féminin,  il ne reste plus aucun mot pour le chat femelle qui est devenu tabou. Ses maîtres vous expliquent candidement : "Non, il n'a jamais eu de portée, il n'a jamais été pleine."
Sachant qu'il y a en France 11 millions de chats, soit cinq millions et demi de femelles, nous sommes face à un véritable problème de vocabulaire. Faut-il lancer le mot matoute, forme féminine de matou  ? Matoute serait autrement plus utile que bombasse chelou, qui font partie des nouveaux mots du dictionnaire. J'imagine déjà les commentaires : " Matoute ? Mais c'est affreux ! Trop long !  Ridicule !  " Comme s'il n'était pas ridicule de ne pas appeler une chatte une chatte. Les gens n'ont aucun problème à évoquer leur chienne. Il faut des mots pour désigner la réalité qui nous entoure. Quand ces mots n'existent pas, il faut les inventer. Quand les mots existent mais ne remplissent plus leur fonction parce que leur sens a été détourné, ou quand ils désignent des catégories obsolètes comme madame et mademoiselle,  il faut en trouver de nouveaux. Ne pas nommer cinq millions et demi d'animaux est une aberration. Diviser les femmes en catégories, leur dire madame ou mademoiselle est une aberration (en plus d'être toujours plus ou moins une insulte). Ne pas poser de mots adéquats sur la réalité est le plus sûr moyen de devenir cinglé.
Alors je vous le demande, Mademoidame ou Monsieur, que préférez-vous concernant les félins femelles ? Opterez-vous pour matoute, ou oserez-vous appeler une chatte une chatte ?

dimanche 18 août 2013

Pourquoi des hommes et des femmes sont-elles aussi conservatrices ?

Une action féministe sur la grammaire vise à rétablir l'accord de proximité. En français, le masculin l'emporte sur le féminin. Voici ce qu'en dit L'égalité c'est pas sorcier :
"Cette règle de grammaire apprise dès l'enfance sur les bancs de l'école façonne un monde de représentations dans lequel le masculin est considéré comme supérieur au féminin. En 1676, le père Bouhours, l'un des grammairiens qui a œuvré à ce que cette règle devienne exclusive de toute autre, la justifiait ainsi : « lorsque les deux genres se rencontrent, il faut que le plus noble l'emporte. »
Pourtant, avant le 18e siècle, la langue française usait d'une grande liberté. Un adjectif qui se rapportait à plusieurs noms, pouvait s'accorder avec le nom le plus proche. Cette règle de proximité remonte à l'Antiquité : en latin et en grec ancien, elle s'employait couramment."

La règle de grammaire que nous employons tous a donc été arbitrairement instaurée par un individu, il y a 337 ans. Elle ne reflète rien d'autre que l'opinion d'un curé dont plus personne ne devrait se souvenir. Comment expliquer, dès lors, la levée de boucliers dans les commentaires des internautes ?  Ils ne crieraient pas plus fort si on voulait leur arracher un bras. Il faut dire que les médias leur tendent la perche : "Féminisme: elles s'attaquent à la grammaire" titre Le Parisien le 7 mars 2012. Un autre site annonce carrément : " Le féminisme contre la langue française." Quoi ? La langue française est mise à mal par pratiquement tout le monde, mais on ne tolèrerait pas une modification qui la rendrait moins sexiste ? Pourquoi la bêtise et la mauvaise foi sont-elles aussi largement partagées sur cette question ?
Tout comme avec mademoidame, on touche ici à un double tabou : celui de (l'idée qu'on se fait de) la langue, et celui des femmes. Dans la réalité, les Français parlent et écrivent comme bon leur semble, sans se préoccuper d'une grammaire compliquée qui n'est même plus enseignée. Pire encore, certains croient s'en préoccuper mais font des boulettes énormes. De l'Elysée même on écrit des lettres truffées de fautes. Je fais bien sûr allusion au communiqué de presse qui a suivi la mort de Mademoidame - j'ai failli écrire Madame - Mitterrand, sous le quinquennat précédent. L'évolution de la langue mériterait un blog à elle seule. Les Français ne maîtrisent plus le français tel qu'il a été codifié. Tenez, savez-vous pourquoi je mets une majuscule à les Français et pourquoi je n'en mets pas à le français ?
Le Grevisse est la bible en matière de grammaire française. Il a été écrit par un grammairien belge du nom de Maurice Grevisse. Chaque règle est illustrée par des exemples. Chaque règle ou presque s'accompagne aussi de contre-exemples empruntés à la littérature. La morale du Grevisse, c'est que les règles sont constamment transgressées, et que les transgressions successives conduisent à des évolutions. Transgressons donc la grammaire quand nous la trouvons sexiste. Transgressons les civilités traditionnelles et disons mademoidame à toutes les femmes quel que soit leur âge. Les critiques formulées au nom de la langue française par des gens qui la massacrent à longueur de journée ne valent rien. Transgression linguistique pour transgression linguistique, choisissez donc de faire partie des hommes et des femmes intelligentes. Adoptez la règle de proximité, et bien sûr employez mademoidame. Et que les hommes et les femmes vivent heureuses.


samedi 20 juillet 2013

Individualistes, ou simplement conscient(e)s ?

En lisant cet article d'Acrimed /Les entrailles de Mademoiselle, j'ai d'abord bien rigolé. Il y est question d'un article de la presse féminine selon lequel 10% des femmes se déroberaient à leur soi-disant devoir reproductif. Ce segment de population ne se confond pas avec le féminisme. Des mouvements féministes font des campagnes pour augmenter le nombre de places en crèche ; comme presque toute la société, ils tiennent un discours nataliste.
Le second article  est un entretien avec un sociologue. Question de l'interviewer (Eric Deschavanne): "Le besoin d'avoir des enfants peut-il s'expliquer par la perception sociale négative que nous avons de ceux qui font le choix de ne pas en avoir ?" ( En d'autres termes : a-t-on des enfants par conformisme ? ) Réponse de Michel Maffesoli : "Plus profondément que cela, je crois que cette volonté de ne pas avoir d'enfant va progressivement disparaître. Cette tendance correspond en effet à la fin de la modernité, moment auquel l'individualisme était exacerbé, alors que nous revenons à présent à ce que j'appelle le tribalisme ou le familialisme."
Ce mot de tribalisme fait froid dans le dos. En outre, l'équation "refus d'enfant = individualisme" ne va pas de soi. On peut même la renverser, et démontrer que faire un enfant aujourd'hui est une preuve d'individualisme, pour ne pas dire d'égoïsme absolu. Pourquoi serait-il urgent de se reproduire quand les machines remplacent progressivement les humains, que les ressources naturelles sont amenées à se raréfier et qu'une compétition de plus en plus féroce attend ces chers bambins ? Et si le comble de l'individualisme consistait justement à faire des bébés parce que c'est mignon, pour laisser une trace de soi-même, en croyant que les problèmes se résoudront par magie ? On nous parle du besoin de renouveler les générations pour assurer les cotisations sociales alors même que l'emploi se dégrade et se raréfie. Qui peut croire que des armées de chômeurs régleront la question des retraites ? Personne bien sûr, on fait semblant. Une bonne guerre relancera l'économie. Chacun pense qu'il s'en sortira, que sa progéniture s'en sortira, et au diable le reste du monde ! Pour un aperçu de ce que la société des machines est en train de nous faire, regardez cette vidéo. Elle est très longue et de plus en plus ahurissante à mesure qu'on s'achemine vers la fin. Bonne journée quand même. Carpe diem, quoi.



mardi 9 juillet 2013

Bienvenue à Mademoidame

Bienvenue à la demoidame récemment rencontrée qui s'intéresse à mademoidame, elle se reconnaîtra.  Elle a commencé à employer mademoidame et à en parler autour d'elle. Elle n'en revient pas des résistances de certaines personnes.
"C'est trop long" et "C'est moche" sont les objections classiquement rencontrées. L'argument de la longueur se veut rationnel mais la réalité est que mademoidame a onze lettres alors que mademoiselle en a douze : mademoidame est en fait plus court que mademoiselle, que personne n'a jamais songé à trouver trop long.
L'argument soi-disant esthétique (le "c'est moche") est lui aussi complètement irrationnel. D'abord, mademoidame est un très joli mot : frais comme un dessin d'enfant, insolent comme toute affirmation de liberté, il a la force poétique du mot-valise et la beauté insolite qui échappe à toute classification. Il faut porter mademoidame comme un bijou de créateur, fièrement, et ignorer les commentaires de gens sans goût. J'injecte mademoidame à petites doses répétées dans ma vie de tous les jours. Aujourd'hui, à la piscine, j'ai interpelé des gamines de douze treize ans qui glapissaient et se bousculaient dans les vestiaires : "Eh, mesdemoidames, un peu de calme ! " J'avais l'impression d'être leur prof.


jeudi 6 juin 2013

Mademoidame dans le dictionnaire

Plan cul est paraît-il entré dans l'édition 2014 du Robert. Impossible de savoir à ce stade s'il est accompagné de plan galère et de bon plan son antonyme, mais ça multiplie les ambitions pour l'avenir. Extrait de l'édition (année illisible) du dictionnaire :
MADEMOIDAME [ madmwadam ] n.f. ( XXIème siècle; de mademoiselle et madame; plur. MESDEMOIDAMES [ medmwadam ]. abbrev. Mde, Mdes). - Titre donné à toute femme, jeune ou âgée, mariée ou non. Mademoidame une Telle. Mademoidame la directrice. Mesdemoidames et Messieurs.
Votez pour mademoidame en envoyant un mail dans lequel vous aurez copié/collé la définition ci-dessus à :  m6actu@m6.fr.

dimanche 2 juin 2013

Cachez ce sein que certaines ne sauraient voir

Ces derniers jours, pendant que des militantes d’OLF manifestaient contre un défilé de lingerie en forme de strip tease dans un grand magasin parisien, des Femen se dénudaient en Tunisie pour protester contre l’emprisonnement d’Amina. Deux féminismes s’affrontent ici : celui qui veut dissimuler le corps féminin, et celui qui l’exhibe à titre de protestation. D’un côté la censure, de l’autre la provocation.
Les demoidames d’OLF ont obtenu sans difficulté l’annulation du défilé de lingerie. Personne n’a eu l’air de se préoccuper de savoir ce qu’en pensaient les mannequins. Tu es belle alors tais-toi ! On ne te demande pas ton avis ! Et tant pis si tu comptais gagner un peu d’argent grâce à ce défilé. D’autres en ont décidé autrement. Tiens, tu n’as qu’à devenir caissière, ou stagiaire, enfin n’importe quel job sous-payé, tu verras comme ta dignité sera respectée ! Tout, plutôt que d'utiliser ta jolie silhouette.
Ce féminisme puritain, remarquablement bien organisé, a des contacts et de l’argent. Il accapare si bien les médias qu’il passe pour être LE féminisme. Si les Femen ne s’étaient pas déshabillées, jamais elles n’auraient obtenu la moindre attention. Elles l’ont bien expliqué : au début, elles manifestaient habillées, et leurs actions n’avaient aucun retentissement.
La radicalité des Femen ne fait pas pour autant d’elles les représentantes du féminisme radical.
Le féminisme radical, ce serait plutôt Andrea Dworkin, dont un des livres a paru en français récemment. Je vous prie de m’excuser, Mesdemoidames et Messieurs, d’évoquer un auteur que je n’ai pas lu directement. Mes sources sont Antisexisme et Hypathie.
Le féminisme radical postule que les femmes constituent une classe sociale à part entière. Il met en avant la guerre des sexes et se distingue du féminisme réformiste, accusé de composer avec la société patriarcale. Dworkin annoncerait l’élimination programmée de presque toutes les femmes, c’est-à-dire la volonté masculine de commettre un véritable génocide ou, plus exactement, un “ gynocide ”. Celui-ci serait rendu possible par les techniques futures de reproduction, lesquelles rendraient les femmes inutiles ou presque. Cette vision binaire, délirante et paranoïaque n’est exposée que dans l’article d’Antisexisme.
En toute logique, il aurait fallu commander le livre et le lire en détail avant de pouvoir en dire quoi que ce soit. Mais pourquoi consacrer du temps à de telles inepties ? La guerre des sexes n’est pas mon combat. Et Mademoidame, est-ce que c'est un combat ?

vendredi 26 avril 2013

Mais c'est quoi au juste, le féminisme ?

Voici un lien vers une interview de Delphine Beauvois dans Rage Magazine.  http://ragemag.fr/delphine-beauvois-le-feminisme-est-indissociable-de-la-lutte-des-classes Gros titre : "Le féminisme est indissociable de la lutte des classes". Juste au-dessus du titre, dans un vidéoclip intitulé We Might Be Dead By Tomorrow, deux femmes nues en train de s'embrasser dans le bleu turquoise d'une piscine. Ce message subliminal dit que le féminisme est en fait indissociable de l'homosexualité - ce qui est complètement faux bien sûr. C'est juste une manière de manipuler l'internaute. Il s'agit de faire du féminisme un phénomène minoritaire dans lequel la majorité des femmes ne puisse pas se reconnaître. Quant à la lutte des classes prétendument associée au féminisme, elle est démentie par le fait que des féministes de droite comme de gauche s'accordent sur nombre de sujets. Le féminisme n'est pas une orientation sexuelle, même si des féministes sont lesbiennes, et ce n'est pas non plus une lutte de classes (les femmes ne constituent pas une classe sociale) même si les féministes médiatisées sont souvent (avant tout) des politiciennes.
Il ne faut pas avoir honte du mot féminisme dès lors que l'on aspire à l'égalité entre les sexes. Toute personne révoltée par le fait que des femmes puissent ne pas avoir les mêmes droits que les hommes est féministe. Les féministes officielles n'ont pas le monopole du féminisme, pas plus que les mouvements nationalistes n'ont le monopole du patriotisme. Vous trouvez injuste que les femmes gagnent en moyenne 25% de moins que les hommes ? Alors vous êtes féministe. Que vous soyez une femme ou un homme. A moins d'être masochiste, toute femme devrait se dire féministe. Tout homme aussi. Pourquoi ? Parce qu'il y gagne, si, si ! Historiquement, le féminisme a libéré les hommes autant que les femmes. L'avènement de la contraception a transformé la vie des femmes et des hommes. Votre grand-père était obligé de pratiquer le coïtus interruptus, sinon vous auriez six oncles et tantes supplémentaires. Vous voyez bien, Monsieur, que le féminisme est une bonne chose pour vous aussi.







dimanche 14 avril 2013

Seins dessus dessous

Je viens encore de lire une critique virulente des Femen. On leur reproche, entre autres choses, d'être trop bien roulées. Leur plastique avantageuse serait une insulte à la majorité des femmes. Cette accusation ferait rire si elle n'était pas si largement relayée. La semi-nudité des Femen devrait être un non-événement ; c'est une révolution. A croire qu'on n'avait jamais vu la moindre paire de nénés avant !  "Nous voyons souvent des hommes torse nu à la plage, cela ne choque personne, ...." remarque de son côté Amina, 19 ans, qui a tenté d'introduire le mouvement Femen en Tunisie. Qu'a-t-elle commis, Amina, pour recevoir des menaces de mort et se retrouver séquestrée par sa famille? Les mamelons pudiquement dissimulés derrières des carrés, elle s'est exposée sur Facebook avec, écrit sur le torse : "Mon corps m'appartient et il n'est l'honneur de personne". De ce corps qui lui appartient bel et bien, elle ne dévoilait rien de plus que ce qu'elle aurait montré à la piscine. Il est de toute manière impossible de montrer sa poitrine sur Facebook. La censure sur le réseau social s'étend aux femmes qui allaitent. Cachez ce sein que je ne saurais voir ! Les Tartufe se frottent les mains.
Les seins font encore parler d'eux, cette fois suite à une pseudo étude consacrée au soutien-gorge. L'auteure de l'article rappelle qu'en 1968, les femmes envoyèrent valser le soutien-gorge en signe de libération. Ce qu'elle ne dit pas, c'est que le soutien-gorge fut longtemps interdit dans les prisons françaises. C'était une façon d'humilier les détenues, peut-être aussi de les empêcher de se pendre. Elles se retrouvaient en position d'infériorité face à des gardiennes dûment soutenues.  Le soutien-gorge peut donc être, aussi, l'attribut de la liberté. C'est toute l'ambivalence des symboles.
Et enfin, une étude montre que les hommes pauvres seraient attirés par les gros seins, qui seraient une promesse de bien manger... http://www.lemonde.fr/sciences/article/2013/03/28/le-plantureux-mystere-du-sein-permanent_3149806_1650684.html

mardi 2 avril 2013

Taille réelle

Les Suédois ont créé l'événement en lançant des mannequins "taille réelle". Les vêtements présentés dans les vitrines passent de la taille 36 à la taille 42. Tout l'internet s'en est félicité, au motif que cela représente mieux la majorité des femmes et que le diktat de la minceur extrême encourage des jeunes filles à devenir anorexiques. Certes. Mais le surpoids est en augmentation dans la population. Avec les problèmes qu'il entraîne, c'est un enjeu de santé publique au moins aussi inquiétant et bien plus répandu que l'anorexie. Faudra-t-il de nouveau déplacer le curseur de la norme dans vingt ans, à la taille 44 ?
Les femmes rondes étaient à la mode du temps où manger plus que nécessaire était un privilège de riche. Le glissement des valeurs auquel nous sommes en train d'assister annonce-t-il un bon en arrière où seuls les nantis auront les moyens de s'empiffrer ? Ou témoigne-t-il simplement de la victoire d'une industrie agro-alimentaire cynique et toute-puissante ? Pendant qu'on se révolte contre la norme de la minceur, pense-t-on à s'insurger contre les chaînes de fast-food qui nous empoisonnent et nous font grossir (en nous montrant de belles femmes minces se gavant de produits sucrés ) ? Une femme est-elle plus libre et plus heureuse en laissant s'accumuler des kilos superflus qui lui donnent diabète et cholestérol, réduisent sa mobilité, bref, la cantonnent une fois de plus à la maison ?

A lire aussi :  http://www.acrimed.org/article3913.html

vendredi 8 mars 2013

L'âge de Mademoidame

Ce blog est né il y a exactement deux ans, mais j'ai publié le tout premier article "mademoidame" il y a trois ans sur http://sojfer.blogspot.com. Deux ans, c'est déjà ancien pour un blog. Une évolution s'impose, mais laquelle ? Vais-je céder aux sirènes des marketeurs qui  me disent qu'un blog ne vaut rien s'il ne rapporte pas d'argent ? Mais je répugne, Mesdemoidames, à vous vendre comme du bétail à des annonceurs ! A vous faire cracher vos adresses électroniques pour mieux vous posséder ! A jouer le jeu des affiliations pour - disent-ils - me faire des fouilles en or !  Le blogging est peut-être un business mais je me plais à considérer mademoidame comme une oeuvre d'utilité publique. Je sais bien que 70% des visiteurs d'un blog ne reviennent jamais si on ne leur arrache pas leur adresse pour les relancer. Et alors ? Une fois suffit pour savoir que mademoidame existe. Et puis je n'écris pas pour la majorité des gens. Je n'écris pas pour les suivistes. J'écris pour les précurseurs, quel peut bien être le féminin de précurseur ? Précurseuse ? Voilà un mot presque aussi beau et intéressant que mademoidame. Donc, vous êtes un précurseur, une précurseuse. Bravo. Bienvenue. Vous êtes assez grand(e) pour vous abonner au flux RSS de ce blog si ce que vous lisez vous intéresse, ou pour le marquer dans vos favoris, ou pour envoyer un lien à des ami(e)s via Twitter, Facebook ou que sais-je encore, cela ne me regarde pas. Je ne vous demande pas non plus votre âge. Si vous êtes une femme, je ne vous dis pas madame  ou mademoiselle selon que je vous trouve quelconque ou jolie. Pourquoi vous accablerais-je d'un jugement sur votre physique et votre âge supposé ? Je vous dis donc mademoidame. C'est plus poli. Plus élégant.



samedi 23 février 2013

Des demoidames qui en ont

Il faut une sacrée dose de courage pour se dénuder en cette saison. Et les Femen ne risquent pas seulement d'attraper une pneumonie. Certaines personnes émettent des doutes sur l'efficacité politique de leur démarche de provocation. Ce qui me plaît, chez les Femen, c'est que ce sont des artistes autant que des activistes. Leurs interventions topless s'apparentent à des happenings. Leur démarche est dangereuse, avant-gardiste et, quoi qu'on en dise, terriblement efficace.
A leur sextremism, Lydia Guirous oppose dans le Huffington Post une condamnation sans appel. Elle leur reproche de mettre à mal et le féminisme, et le pacte républicain. "La laïcité" écrit Mademoidame Guirous, "n'est pas un anticléricalisme forcené, pas plus qu'elle n'invite à l'athéisme ou à l'agnosticisme." Mademoidame Guirous s'inspire visiblement de George W. Bush. Elle ne semble pas plus férue d'histoire que lui. Elle ratisse en tout cas très à droite. Lui arrive-t-il de réfléchir au sens des mots ? Ouvrons pour elle le dictionnaire :
"Agnosticisme : doctrine d'après laquelle tout ce qui est au delà du donné expérimental (tout ce qui est métaphysique) est inconnaissable." L'agnosticisme, dans un pacte républicain, c'est le bon sens minimum.  Une république qui ne prône pas l'agnosticisme et ne repousse pas les croyances dans la sphère du privé ouvre la porte aux créationnistes et aux ayatollahs. Et que peut bien être un féminisme qui s'accommode de la religion, premier instrument de l'oppression des femmes ? En souvenir de ma grand-mère charcutière, appelons ça de l'eau de boudin.


jeudi 14 février 2013

Sexe, vaisselle et rock'n roll

Avez-vous vu passer le 30 janvier un article intitulé "Faire la vaisselle nuit à l'activité sexuelle" ? http://next.liberation.fr/sexe/2013/01/30/faire-la-vaisselle-nuit-a-l-activite-sexuelle_877924 D'après un questionnaire auquel ont répondu 7002 personnes, les couples dans lesquels l'homme participe aux tâches ménagères feraient moins l'amour que les autres. J'ai demandé à mon chéri s'il pensait qu'on ferait plus l'amour s'il ne faisait pas la vaisselle, et on a rigolé. Mais combien de gens prennent ce genre d'étude au sérieux ? Combien de milliers d'études a-t-on déjà faites sur des sujets similaires ? Si on pouvait additionner tout l'argent investi dans ce type de "recherche" depuis quarante ans, on arriverait à des sommes invraisemblables.
M'intéresse ici le commentaire d'un des chercheurs : «Il existe une sorte de scénario sexuel bien défini par le genre, dans lequel se conduire selon ce genre est important pour la création du désir sexuel (...)" En clair : la différence sexuelle nous excite. C'est probablement vrai puisque des couples homos la reproduisent. Ce serait la preuve aussi que tout se passe largement dans la tête. Le symbolique, quoi. La psychanalyse et l'ethnologie nous avaient déjà mis sur la piste. Nous sommes mus par nos représentations. Nous voudrions croire dur comme fer qu'elles sont inscrites dans la nature parce que des institutions dépensent des milliards et des millards de dollars pour essayer de le prouver. C'est que c'est un enjeu politique, au sens premier du terme : organisation de la société. Bonne occasion de reparler du numéro de Sciences et avenir consacré au neurosexisme : http://odilesolomon.typepad.fr/files/sciencesaveni-dossier_fév2012.pdf .
Illustration trouvée sur Facebook, source inconnue mais la faute d'orthographe indiquerait plutôt une origine récente.

samedi 26 janvier 2013

Demoidame Nature

Quand vous entendez le mot nature, quelle image vous vient immédiatement à l'esprit ? Moi, je vois les frondaisons d'une forêt. Or la forêt telle que nous la connaissons en Europe a été totalement refaite au fil du temps. Elle devait être bien différente il y a 40 000 ans, tant par son étendue que par sa flore et sa faune. Les humains sont passés par là. Peut-être aussi une glaciation. Mais ce sont les humains qui ont défriché, replanté, tracé les allées le long desquelles nous nous promenons. Ce que je me représente lorsque j'entends le mot nature relève très largement de la culture.
La science elle-même, qui se présente comme une mesure objective du monde, est loin d'être aussi neutre qu'elle le prétend. Ce n'est pas pour rien qu'une branche de la philosophie s'appelle l'épistémologie. Avec quelle énergie on a voulu faire dire aux hormones que les hommes venaient de Mars et les femmes de Vénus ! A celles et ceux qui croiraient encore à ces fables, je recommande la lecture du dossier paru dans Science et avenir : http://sciencesetavenir.nouvelobs.com/fondamental/20120126.OBS9885/neurosexisme-la-guerre-est-declaree.html. Les implications de ces batailles ne sont évidemment pas anodines. Ce que l'on essaye de faire dire à la nature détermine in fine une organisation sociale. A toujours ramener les femmes à leur fonction reproductive, on perpétue les inégalités de genre. Or, pas plus qu'un homme une femme n'est faite pour avoir des enfants. Elle porte en elle cette possibilité, tout comme un homme ; libre à elle d'en user, ou pas. Rien ne l'y oblige au vingt-et-unième siècle, si ce n'est une faramineuse pression sociale dont il a déjà été question sur ce blog. On nous a tellement bassiné(e)s avec la prétendue horloge biologique qu'on a fini par la visualiser comme une pendule à la gare Saint-Lazare. C'est juste une métaphore, une vue de l'esprit et, surtout, un argument marketing : les enfants font consommer. La quête d'un homme avec qui faire un enfant est elle aussi un levier de consommation. Une population abondante représente avant tout un marché. Et peu importe que le travail soit de plus en plus fait par des machines à la place des humains voués au chômage ou que les ressources sur terre s'amenuisent à mesure que croît la population, priorité à la croissance, après nous le déluge ! Faites des petits soldats qui s'entretueront et d'autres qui reconstruiront, faites des petites bonnes femmes qui feront de petits soldats qui s'entretueront et qui reconstruiront, ça fait tourner le monde et l'économie ! Puisqu'on vous dit que la nature l'exige !




samedi 5 janvier 2013

Mademoidame en beauté

Il paraît que quelqu'un a qualifié mademoidame d'horrible. Ça faisait longtemps. Et puis quelle exagération. Le mot horrible se réfère à l’horreur ; je me demande bien, après ça, quels termes cette personne utilise pour qualifier le viol et le meurtre de l'étudiante de New Delhi.
Ainsi le mot mademoidame serait moche. L'argument esthétique semble imparable à première vue mais il ne veut rien dire, sinon un rejet de principe. Qu’est-ce que la beauté, la laideur ? L’histoire et la sociologie n’ont-elles pas montré que les critères du beau sont avant tout ceux de la classe dominante ? Dans notre monde de démagogie numérique, le beau est aussi devenu le marketté, le cliqué, le laïké, le retweeté, bref le médiatisé, le vulgarisé, pour ne pas dire le vulgaire. Est perçu comme beau ou bien ce qui a été vu à la télé, ce qui a été approuvé par d’autres, ce qui est lancé à grands renforts de campagnes de communication et de buzz. Personne n’a jamais pensé à trouver horrible le nom de marque Asus, pourtant c’est un mot particulièrement laid en français. Ben si, c’est comparable. Et je ne vois vraiment pas en quoi des gens de marketing seraient plus légitimes que moi pour propager un terme.
Dès mars 2011, j'ai invité les gens à suggérer des alternatives à mademoidame s’ils en trouvaient, et personne n'a jamais envoyé la moindre proposition. Attention, il faut que le mot soit immédiatement compréhensible. Les esprits chagrins auront beau dire, on comprend mademoidame d'un seul coup, à l'oral comme à l'écrit. Mademoidame est un mot que j’emploie tous les jours, et jamais personne ne m’a jamais regardée de travers. Le sens de mademoidame est limpide, évident : ce mot fonctionne.
Certaines personnes ont essayé de rationaliser leur réticence en déclarant mademoidame “  trop long ”. Or, mademoidame a une lettre de moins que mademoiselle et le même nombre de syllabes exactement. Quelqu'un aurait même reproché à mademoidame de ne pas avoir de “ fondement étymologique ”. A ce compte-là, on ne pourrait plus inventer aucun mot ; il faudrait avec vigueur rejeter nutricament, formé de deux mots existants, exactement comme mademoidame, or personne à ma connaissance ne s’est insurgé contre nutricament.
Ces critiques sont complètement irrationnelles. Elles visent à ce que surtout rien ne change. On peut se demander pourquoi. Puisqu’il est question d’esthétique, est-ce que c’est beau, de faire savoir à une femme qu’on la trouve laide et vieille ou jeune et jolie selon qu’on lui dit madame ou mademoiselle ? Au nom de quoi voudrait-on faire perdurer cette pratique insultante ?
Il me reste à vous souhaiter, Mesdemoidames et Messieurs, de belles choses pour l'année qui commence.

samedi 15 décembre 2012

Des sujets anecdotiques

Dès que l'on parle de mademoidame (ou du tout-madame des féministes orthodoxes ), certaines personnes s'empressent de qualifier le sujet d'anecdotique. D'après ces personnes, l'emploi de madame ou de mademoiselle dans la vie courante et administrative n'aurait aucune incidence sur la vie des femmes ; il serait vain de s'y intéresser, et encore plus vain de vouloir changer les pratiques ; ces questions détourneraient l'attention de sujets plus graves.
Il est vrai qu'il se passe des choses infiniment dramatiques de par le monde et même en bas de chez moi. Mais, à ce compte-là, il ne faudrait plus jamais parler de Carla Bruni ni d'aucun footballeur. Nous sommes dans une civilisation de l'anecdote. On ne cesse de nous échauffer l'esprit sur des questions marginales pour  nous faire oublier que de graves décisions sont en train de se prendre sans notre consentement. Le mariage pour tous est un de ces sujets à mes yeux. Je n'ai rien contre les homosexuel(le)s :  qu'ils et elles se marient si ça leur chante bien que je comprenne mal ce désir de conformité. Si, si, je sais, ils et elles veulent se marier pour avoir des enfants. Mais je n'en parlerais pas si je ne venais pas de lire sur lemonde.fr un article signé par Yvette Roudy, Thalia Breton et plusieurs autres personnalités. On vous y explique que le mariage pour tous doit - au nom de l'égalité, s'il vous plaît - mener à la procréation médicalement assistée mais surtout pas à la gestation pour autrui. En d'autre termes, seules les lesbiennes auraient le droit d'avoir des enfants ; les hommes gay, eux, seraient exclus de ce droit au nom de l'égalité.  On en rirait si ce n'était que ridicule. Mais c'est aussi, derrière une facade progressiste, carrément rétrograde puisqu'il il s'agit d'une exaltation du mariage et de la maternité. Ce combat prétendument féministe rappelle un peu celui des jeunes filles qui se battent pour porter le voile au nom de la liberté... Ce n'est pas en exaltant le mariage et la maternité qu'on va faire évoluer la condition des femmes. Ce combat touche une minorité de personnes ; il est infiniment plus anecdotique que la question madame/mademoiselle, qui concerne absolument toutes les femmes.


mercredi 5 décembre 2012

Spectacle

Il se donne à Paris un spectacle d'une heure quinze au cours duquel le présentateur dit au moins quarante fois  :  " Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ".  Vous vous représentez un vieux bonhomme postillonnant ?  Ce présentateur n'a pas trente ans. Il se croit super cool. Il introduit la seule fille du spectacle en évoquant son charme. Pour les autres, il parle de talent. La fille se donne le genre un peu dinde, comme pour répondre à ce qu'on attend d'elle. Entre deux numéros, le présentateur fait un tour de magie. Il fait monter sur scène un spectateur dont il se moque ouvertement. Tout le monde rigole, y compris l'intéressé. Même traitement pour les spectatrices bien entendu, après quoi on enchaîne : "Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs ! Voici maintenant..." Affligeant. Je ne parle pas seulement de la médiocrité du spectacle, mais de ce "Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs" répété comme un mantra, et aussi de cette façon de ridiculiser les spectateurs. Le public, 27 ans d'âge moyen, trouve que tout est normal.
Personnellement, quand il m'arrive de présenter un spectacle, je dis " Mesdemoidames et Messieurs". Et vous ?

dimanche 25 novembre 2012

Des violences faites aux femmes

Dans une usine de textile au Bengladesh, un incendie a tué une centaine de personnes. L'usine emploie  plus de mille personnes, principalement des femmes, et ne respecte pas les normes de sécurité. C'est parce que les issues de secours étaient trop étroites que tant de personnes sont mortes. Cette usine fournit des marques telles que H&M. Ne suffirait-il pas de boycotter H&M pour faire évoluer les conditions de travail de ces femmes ? Et pourquoi ne boycotterait-on pas TOUTES les marques qui ne respectent pas - directement ou par le biais de leurs sous-traitants -des conditions de travail et de rémunération décentes pour leurs salarié(e)s  partout dans le monde ? Et si on faisait une loi pénalisant les client(e)s de H&M ? Non ? Vous vous récriez ? Pourquoi ?  On pourrait pourtant classer les conditions de travail dans cette usine au Bengladesh dans la catégorie des violences faites aux femmes. Pourquoi pas ? Il y a une différence de nature, dites-vous, entre une enseigne commerciale et un réseau de proxénétisme ? Mais est-ce vraiment certain ? Après tout, un réseau de proxénétisme est aussi - et avant tout - une entreprise commerciale. Ne pourrait-on pas soutenir que, dans les deux cas, il y a exploitation d'individus qui ne peuvent pas faire autrement ?

Pour vraiment abolir la prostitution, il faudrait abolir tout marché, jusqu'à la possibilité de faire du troc. Or, le capitalisme a triomphé. Tout s'achète et tout se vend : les semences végétales, les organes humains, la gestation pour autrui, pourquoi pas un service sexuel ?  Il se trouve des prostitué(e)s pour vouloir exercer leur activité librement : au nom de quelle morale les en empêcherait-on ? Les abolitionnistes rétorquent qu'il y a peu de prostituées indépendantes et qu'il faut abolir la prostitution pour sauver les femmes enrôlées de force. En ce cas, le débat devrait porter moins sur la prostitution que sur les organisations criminelles. Mais ce serait pour l'Etat une manière d'avouer son impuissance face aux mafias. Mieux vaut s'en prendre aux clients, plus faciles à épingler. La prostitution disparaîtra peut-être des rues de Paris mais elle refleurira dans les salons de massage, sur Internet et/ou à quelques milliers de kilomètres, la distance n'est plus un problème. Et on ne voit pas comment la prostitution, même un instant éradiquée de notre territoire, ne réapparaîtrait pas en un clin d'oeil puisqu'on est en pleine récession. A supposer qu'une politique prohibitionniste puisse être la solution,  le moment est mal choisi.

Bien que le mouvement abotionniste soit porté par les féministes, la prostitution ne concerne pas uniquement les femmes et toutes ne sont pas contraintes de se prostituer par un réseau de proxénétisme. Il existe des prostitués hommes ; il y a des prostituées femmes indépendantes qui revendiquent le droit d'exercer leur activité de manière indépendante ; c'est peut-être avant tout un problème de gangstérisme,  d' "entreprises" illégales et/ou de contrôle de l'immigration. Les prohibitionnistes, aussi bien intentionnés soient-ils, rappellent un peu la médecine allopathique qui traite les symptômes faute de savoir s'attaquer aux causes. Quant aux personnes qui en viennent à se prostituer, elles seront condamnées à une clandestinité accrue, donc à plus de dangers. Au fait, quelle reconversion proposera-t-on aux futur(e)s ex-prostitué(e)s ? Mademoidame Valaud-Belkacem aurait-elle oublié de penser à ce détail ?






mardi 13 novembre 2012

Mademoidame ou mad-maman ?

L'une des grandes conquêtes du vingtième siècle a été de dissocier la sexualité de la reproduction. Ce progrès, curieusement, semble avoir des limites. S'il est admis qu'une femme a le droit d'avoir des relations sexuelles sans encourir de grossesse, il est tout aussi communément entendu qu'elle doit avoir au moins un enfant au cours de sa vie. Comme si la maternité demeurait l'alpha et l'oméga de la féminité. Il faut que j'évoque ici les multiples pressions que j'ai subies entre trente et quarante ans - y compris de la part de médecins à qui je ne demandais rien - pour me persuader d'avoir un enfant. J'avais beau expliquer que je n'en éprouvais pas le désir, tous ces gens s'efforçaient de me convaincre du contraire. Et les jugements de pleuvoir comme des grêlons : je n'étais pas normale, j'étais égoïste, j'allais rater ma vie, je m'en mordrais les doigts... Mon petit ami de l'époque rêvait d'avoir une petite fille à mon image ; il avait mis une photo de moi bébé sur sa table de nuit. Quand les gens qui me faisaient la morale apprenaient cela, ils devenaient comme fous. Certains allaient jusqu'à me demander si  j'avais des envies de cruauté envers les enfants - comme si l'absence de désir de maternité impliquait une haine féroce et active des enfants. En voulant juste choisir ma vie, je déchaînais l'hystérie...
Bien qu'Elisabeth Badinter ait montré, dans L'Amour en plus, que le supposé "instinct maternel" est une construction historique et que les enfants n'ont pas toujours fait l'objet d'un culte béat, les mentalités ont du mal à suivre. Nos contemporains s'accrochent désespérément à l'équation femme = mère. Si encore on se contentait d'un seul enfant par femme. Il ne devrait plus échapper à personne, en cette fin 2012, que les ressources de la terre sont limitées, qu'un milliard d'êtres humains crève déjà de faim, et que le monde tourne de plus en plus au moyen de machines. Plus de machines = moins d'emplois, donc une concurrence accrue entre les êtres et les peuples, le tout dans un environnement écologique déjà fortement dégradé. Nous avons le choix entre une décroissance démographique globale d'une part, et la guerre et le fascisme d'autre part. Rappelez-vous vos cours d'histoire, l'exaltation de la maternité sous le nazisme, sous Vichy, dans l'Italie de Mussolini. Vous y êtes ? Rien n'est plus politique, Mesdemoidames et Messieurs, que le statut des femmes.
Pour finir avec le sourire, voici un exposé nudiste de Théophile de Giraud sur les dangers de la surpopulation : http://vimeo.com/35596500


vendredi 19 octobre 2012

Mademoidame ou Mademoidame

" Bonjour Mademoidame ou Mademoiselle ?", me demande une femme qui croit bien faire. Sa question me jette dans un abîme de perplexité. Aurais-je mal expliqué mon affaire ? Peut-on passer trente secondes sur ce blog sans comprendre que mademoidame remplace madame ET mademoiselle ? Si vraiment vous êtes hostile à l'innovation et à une réelle égalité entre les sexes, il vaut toujours mieux employer madame que mademoiselle. C'est la recommandation des manuels de savoir-vivre. Mais le madame universel est un pis aller. L'idéal est de dire mademoidame.  Quant à la sempiternelle question,  "Madame ou Mademoiselle?", elle est tout simplement déplacée.  Ma vie intime  ne vous regarde pas. Vous devriez comprendre, Mademoidame, que la vôtre ne regarde personne non plus et que vous avez le droit, que dis-je, le devoir d'exister indépendamment de votre mari ou de vos enfants. C'est la raison pour laquelle je vous appelle Mademoidame.
Non, je ne lui dis pas exactement ça. En fait elle n'est même pas venue sur ce blog avant de me contacter. Elle voudrait juste me faire rencontrer son patron pour que je parle de leur boîte.

jeudi 27 septembre 2012

La courbe de Rogers

Quiconque a travaillé dans l'informatique connaît la courbe de Rogers. Elle décrit le processus de diffusion d’une innovation technologique. Une nouveauté est d’abord adoptée par une petite minorité, les early adopters, avant de se répandre progressivement dans la société. Tout le défi consiste à passer d’une diffusion confidentielle à une diffusion de masse. Cette diffusion a peu à voir avec la qualité du produit ou du concept concerné ; tout est question de marketing. La courbe de Rogers est une façon polie de dire que les gens sont en majorité des moutons.
Appliquée à mademoidame, la courbe de Rogers montre 1., que je ne suis pas faite pour le marketing et, 2. que les mademoidames militantes sont des avant-gardistes et qu’elles en ont dans l’estomac. Je n’oublie pas non plus les quelques messieurs visionnaires qui nous ont envoyé leurs encouragements. Ni même les simples curieux qui passent voir, juste voir, mais ne demanderaient qu'à manifester leur soutien si je ne répugnais pas tant à le leur demander... J'ai quand même un peu réussi à mobiliser le monde pour le concours Marie-Claire et, rappelez-vous, mademoidame a gagné.